Inventaire non exhaustif des âneries de « l’inventaire non exhaustif des âneries du Métronome » d’un gellnerien

(Photo: Pour Clément Salviani, ce texte nauséabond nie les principes d’acculturation et de processus naturel de fusion des peuples.)

Dans un précédent post, on évoquait l’existence d’un antinationalisme phobique qui tendait à affirmer que toutes les horreurs du genre humain étaient le fait d’un « cauchemar identitaire », fondé sur l’illusion délirante portée par un roman national fantasmé. Cet antinationalisme, porté par des auteurs comme Gellner, Sand[1] ou Laïdi, infuse un idéologisme historique au sein des universités, en particulier européennes, qui amène certains chercheurs et étudiants à nier toute forme de continuité dans l’Histoire, au nom du rejet de l’identitarisme qui serait l’arme du fascisme et de la haine. Il nous semble avoir démontré l’inanité de telles critiques.

Parmi ces victimes idéologiques, Clément Salviani a entrepris sur son blog il y a trois ans de déconstruire les soi-disant «âneries » que Laurent Deutsch aurait écrites dans son roman éponyme Métronome, paru en 2009. D’une crasse suffisance, il étale sur une vingtaine de pages sa « réponse » de singe savant dans un magistral procès d’intention, se faisant le héraut de la lutte contre cette « toile de fond du choc des civilisations » qui dissimulerait « islamophobie essentialiste, royalisme à la petite semaine, mélange de problématiques contemporaines dans des réinterprétations de faits passés », « friande et thuriféraire d’un roman national sentant de près comme de loin le moisi méthodologique et politique ».

Cette salve fut très favorablement accueillie par toute une série de commentateurs et de journalistes des Inrocks et de Mediapart (étonnant, non ?). Aucun de ces laudateurs n’a cependant pensé à vérifier la pertinence des critiques du sieur Salviani à l’encontre du pauvre Deutsch, présenté comme un crétin, un ignorant, pire, un dangereux extrémiste porté par « le système » (« système » qui n’est bien évidemment pas à confondre avec « le système » soralien ; pour Salviani et consort, les journalistes sont d’une extrême complaisance avec les fascistes). Or, l’étude de cette critique a un intérêt certain d’un point de vue sociologique et psychopathologique de cette catégorie d’individus. Car à y regarder de près, les « âneries » de Deutsch sont somme toute assez rares, les remises en cause de Salviani étant pour la plupart soit de l’ordre de la mauvaise foi, soit de l’enculage de mouche, soit du procès d’intention. Voyons tout cela en détail :

« Soyons brefs et efficace (non je déconne, ça sera long, rude, et j’espère détaillé). Récemment, petite affaire d’un jour sur Twitter, la toile s’est moquée de ce bon vieux Lorant Deutsch. Le point de départ d’une journée de 7000 tweets sous le hashtag #JoueLaCommeLorantDeutsch, c’était une capture d’écran (que j’ai tweetée) faite sur le site des Goliards, qui reprenait un propos aberrant de notre « passeur d'(H)histoire(s) » préféré:

1

Arrêtons nous un instant sur cette magnifique suite d’affirmations à la fois péremptoires, erronées, et hors du champ même de la vulgarisation. Si on considère que Notre-Dame de Paris est le point d’orgue du gothique, il faudra alors sérieusement reconsidérer les créations postérieures, et les – de fait – trois siècles pendant lesquels le gothique « survivrait » à ce point d’orgue. L’architecture gothique, loin d’être seulement bornée aux cathédrales, a de très beaux jours après 1200 et probablement meilleurs que ceux de Notre-Dame post-Viollet le Duc. Faire la liste des cathédrales gothiques françaises, italiennes, anglaises, des monuments civils (palais de justice de Rouen) serait suffisant à le démontrer. S’il appartient parfaitement à Lorant Deutsch de vouloir dire que NDDP est la plus belle réalisation de l’art gothique, à la limite, passe encore. C’est certes un jugement personnel, mais ça n’a rien d’inadmissible dans le cadre d’une revue sur l’histoire de Paris.

Etait-il donc utile d’en dire autant ? Certes, un auteur a encore le droit d’exprimer son opinion : on remercie Salviani de donner son accord.

Par contre, ça coince quand on lit la suite :

– premièrement l’opposition essentialiste entre culture méditerranéenne et culture on-sait-pas-trop-quoi-mais-du-nord fait mal, quand on sait que le latin (vraie langue du nord s’il en est, hein) perdure comme langue du pouvoir, de l’église, et de l’administration pendant une bonne grosse partie du Moyen-Âge (oups), quand on sait que les premiers royaumes « francs » et issus des migrations germaniques sont calqués sur des administrations complètement romaines (préfet du prétoire, comitatus, dux, et même le consulat, etc.)

– deuxièmement, les Goths qui amènent l’art gothique, il fallait le faire pour oser une bourde lexicale digne du CM1. Passé le rire, passé l’ahurissement, on se soulage en se disant que le doute n’est plus permis sur l’ineptie générale du récit historique deutschien (si on peut lui faire le crédit d’une telle cohérence interne). Les goths, peuples germains évoluant entre la Germania et le Maghreb extrême, entre l’Atlantique et l’Egée, entre les années 250 et le VIIIe siècle (ce ne sont pas les seuls, par ailleurs, à évoluer dans ce milieu), auraient été les géniteurs, les artisans de l’art gothique (après un long accouchement de 400-800 ans quand même, beau bébé). Je ne vais pas *tout de suite* verser dans l’érudition spécialiste, cela desservirait en fait ce que je cherche à démontrer : un simple clic sur Wikipédia donne pour résultat : Initialement dénommé francigenum opus (art français) au Moyen Âge, le terme gothique n’apparaîtra qu’à partir de la renaissance, une expression utilisée par les artistes italiens Antonio Averlino (Le Filarète) et Giorgio Vasari, pour désigner un art du Moyen Âge qu’ils jugeront de leur point de vue barbare et grossier.

Pas besoin d’avoir un doctorat. Le mot gothique est une invention rétrospective de la Renaissance, voyant dans l’art médiéval une forme d’expression de la germanité grossière des francs. Ce gothique était aussi appelé tudesque, qui a donné tedesco en italien pour dire « allemand ». Les bagages des Goths ne contenaient ni la voûte à tierceron, ni l’arc-boutant élancé milanais, ni le vitrail parisien, ni les flèches d’Amiens. »

Salviani, aveuglé par son préjugé à l’égard de Deutsch et par sa phobie de l’identité, passe outre cette question : l’art gothique (ou français) est-il une émanation de la culture gréco-romaine ? La réponse est non : il provient de l’architecture romane, appelée en anglais architecture normande et pour cause, dans la mesure où elle vient d’ « hommes du Nord ». Il n’y a donc pas lieu de palabrer sur la romanité des institutions des peuples : le gothique n’est pas romain et Deutsch est légitimement fondé à évoquer les goths, non d’après leur acception historique, mais d’après la vision méprisante qu’avaient Averlino et Vasari pour cet art non romain. On ne connaît pas Deutsch personnellement mais à la lecture du Métronome, on devine qu’il a quelque connaissance en termes de courants architecturaux.

Mais de fait, on n’est plus étonnés de ce que peut commettre Lorant Deutsch : toile de fond du choc des civilisations, islamophobie essentialiste, royalisme à la petite semaine, mélange de problématiques contemporaines dans des réinterprétations de faits passés, absence de bibliographie récente, absence de notes de bas de page, absence de citation des sources même les plus élémentaires (on attend même du plus mauvais étudiant de L1 qu’il soit capable de citer la Guerre des Gaules correctement dans un devoir rédigé maison) ; le passeur sait se vendre auprès d’une nébuleuse intellectuelle dont on ne sait même pas s’il a conscience : nébuleuse d’un Buisson, d’un Zemmour, d’un Ferrand, [etc.], friande et thuriféraire d’un roman national sentant de près comme de loin le moisi méthodologique et politique (et je suis gentil).

Procès d’intention magistral s’achevant sur un quasi ad hitlerum quand ni Buisson, ni Ferrand, ni Zemmour[2], ni la « nébuleuse intellectuelle » des « nouveaux réactionnaires », probablement, dénoncés en son temps par le très démocrate Alain Minc, grand ami de Macron et de la banque Rotschild auprès de laquelle il appuya fermement la candidature du futur Jupiter, n’ont jamais évoqué le Métronome en bien ou en mal. Mais Salviani veille : Deutsch, c’est le Canada Dry des néoréacs (il a le goût, il a les bulles, mais…).  Fils de juif hongrois immigré de par son père, le chaland ne peut imaginer que l’acteur des Intrépides s’est transformé en une bête immonde intolérante…

Le passeur sait aussi se vendre à la télé : débit de parole improbable, parfois décousu mais bruyant, absence totale de contradiction de la part des intervieweurs / chroniqueurs, voire collusion pure et simple et affichée. On ne sait s’il faut lui en vouloir directement ou si finalement, c’est au fonctionnement médiatique contemporain qu’il faut en vouloir, orienté uniquement vers le promotionnel, écartant sciemment les chercheurs de la plupart des débats scientifiques ayant une portée politique (l’histoire incluse). Les arguments de L. Deutsch sont assez simples, emballés et relancés en boucle, et forment un petit assemblage rhétorique malgré tout très efficace, du fait qu’il confine à la tautologie, et au syllogisme :

– Prémisse : Il n’existe pas de vulgarisation historique en France (faux) et elle ennuie les gens (faux, mais pour d’autres raisons) ; cette affirmation gratos peut se démonter facilement en allant dans une vraie librairie correcte, en cherchant sur Wikipédia les références principales sur les sujets majeurs de l’histoire de l’humanité, en demandant à un enseignant d’histoire du secondaire, ou de l’université, qui a toujours une bibliographie pour débutant sous la main. Bref, des ouvrages de vulgarisation il en existe des centaines en France, l’émission « La Fabrique de l’Histoire » d’Emmanuel Laurentin, mais d’autres quotidiennes aussi (Les chemins de la connaissance) permettent de connaître lors de leur sortie tout un tas de bons livres. Pourquoi ennuierait-elle les gens, cette vulgarisation ? Parce que comme l’a brillamment démontré l’historien Nicolas Offenstadt, les télés et les radios, dans leurs segments les plus vus et écoutés, dans les show promotionnels, ne vendent que de l’histoire bling-bling : grandes figures, grands héros nationaux, clichés culturels sur telle ou telle civilisation passée, histoire de l’anecdote et du trivial, histoire rapide et pas chère.

– Les universitaires sont jaloux du succès de ses livres. (C’est vrai qu’il y a de quoi hurler quand un livre à ~25€ bardé d’âneries se vend à plusieurs millions d’exemplaires quand les médias, même du service public, rechignent à développer des émissions culturelles sans falsificateurs, qui n’ont à vendre que leur métier, leur passion, et parfois seulement des livres qui sont le produits de travaux de plusieurs années ; mais ce n’est pas de la jalousie : c’est la légitimité du débat public sur la transmission du savoir, et la soumission de la promotion médiatique à l’argent, à l’audimat ; c’est aussi la légitimité du débat sur la mise en avant de traficoteurs de faits : il faut constamment se remémorer le débat qu’avait suscité la publication du torchon de BHL « Le Testament de Dieu » à l’époque, quand Pierre Vidal-Naquet et Cornelius Castoriadis avaient soulevé le lièvre, et cette incapacité des médias, déjà dans les années 80, à ne pas mettre en avant des productions pseudo-intellectuelles)

– Les critiques émanent toutes de gens politisés « au Front de Gauche » ou « à (l’extrême) gauche » ce qui invalide l’objectivité de la critique. Dans les faits, la politisation d’un émetteur de critique n’a rien à voir avec le contenu de celle-ci si la critique se borne à l’exactitude de faits : l’art gothique des Goths, un trotskiste comme un pétainiste y verront un problème de fait historique et de réalité du savoir. Que je vote Poutoux ou Le Pen n’y changera rien à cette histoire d’art gothique. Par ailleurs cet argument se retourne assez bien contre Lorant Deutsch, qui lui-même se revendique royaliste, catholique, libéral : un problème d’objectivité peut-être ?

– Prémisse 2 : Lorant Deutsch ne revendique ni ne s’attribue le titre d’historien (il laisse en réalité ses intervieweurs faire sans vraiment trop démentir), ni n’affirme « faire de l’histoire ». Il affirme « être un passeur d’histoire » « raconter ce qu’il aime raconter » à sa façon. Donc on ne peut pas l’accuser de se faire passer pour un historien (mêêême quand la couverture de son Métronome dit bien « histoire de Paris au rythme […] ».). Pour autant : en admettant gentiment que Lorant Deutsch est totalement au clair et sans ambiguïté sur le titre qu’il se donne ou qu’il accepte qu’on lui donne, en admettant qu’il soit un vulgarisateur comme il tente de le dire humblement, pour ma part, je ne lui accorde pas non plus ce titre. Un vulgarisateur est un scientifique – ou non – qui tente de véhiculer un [savoir] complexe, stratifié, nourri par une [recherche] auprès d’un lectorat / auditorat / public qui n’est pas spécialiste. Vulgariser n’implique pas de falsifier, vulgariser implique de ne pas restituer toute la profondeur et la complexité d’un débat scientifique, mais d’en restituer la quintessence, la substantifique moelle, en véhiculant : les clés majeures de compréhension d’une question, les méthodes et les protocoles de création de la connaissance sur une question, les termes des débats qui peuvent exister sur des détails d’une question. En bref, un vulgarisateur en histoire ne se passera jamais de sources, ni de bibliographie, ni d’illustration pédagogiques, il ne versera pas comme Deutsch dans le psychologisme, le romantisme, le pompiérisme consternant, et la « caricature utile » des acteurs et des événement.

– Malgré le fait qu’il ne revendique aucun titre, il affirme cependant que tout ce qu’il raconte est « vrai » « sourcé par des auteurs très sérieux » etc. ce qui est faux. Un rapide coup d’oeil dans un de ses bouquins suffit à ne pas trouver de bibliographie ni de notes explicatives, ni de sources référencées. Rien, nada, niet, queutchi, wallouh.

Il y a une certaine complaisance médiatique justement parce qu’en réalité, le livre de Deutsch n’est en rien suspect en termes d’idéologie. Si des hommes comme Ruquier ou Naulleau ne relèvent pas de dérive droitière, cela devrait au moins permettre à Salviani et consort de se remettre en cause un tant soi peu.

Pour le reste, oui : Deutsch parle vite, ne se prétend pas historien. L’affirmation de la véracité des éléments rapportés par Deutsch ne semble effectivement choquer QUE certains chercheurs et étudiants. Les gens de presse, sans être des érudits, n’ont pas décelé dans le Métronome une quelconque forme de prosélytisme nationaliste catholique royaliste, ni les lecteurs (lesquels n’ont pas rallié en masse les rangs de l’AF ou changé d’opinion sur l’Islam à cause de ce qu’ils ont lu).

Les arguties de Salviani révèlent assez ce que  l’on reproche à Deutsch, dans ce camp d’intellectuels xénophobes[3] : c’est de ne pas vulgariser le travail des universitaires… Il faudrait pour lors rester humble. L’universitaire ne fait pas l’Histoire, il étudie l’Histoire. Il n’y a pas lieu forcément de véhiculer « les méthodes et les protocoles de création (un peu d’humilité aurait permis de parler d’élaboration, les sciences de l’Histoire n’étant pas essentiellement poétiques au sens philosophique du terme) de la connaissance sur une question », ni plus que « les termes des débats qui peuvent exister sur des détails d’une question », les débats en question n’étant JAMAIS fermés et n’ayant donc pas de terme (sur cette illusion du caractère achevé de la connaissance, on verra qu’elle aveugle parfois Salviani de façon déconcertante).

Au reste, on lui signalera cet extrait qui redorera peut-être un peu le blason des medias à ses yeux :

verdez

Enfin, un contradicteur, un historien de surcroît, a osé rentrer dans le tas de ce gros fascîsse et lui dire des vérités si chères à Salviani ! Le tout dans une émission culturelle de haut niveau, regardée par des millions de jeunes…

La discussion s’est donc engagée sur Twitter sur les erreurs que Deutsch véhicule dans ses ouvrages : erreurs méthodologiques, erreurs théoriques, erreurs factuelles, on trouve à boire et à manger pour prouver simplement que loin d’être une vulgarisation, nous sommes face à de la falsification pure et simple.

J’ai donc tout simplement téléchargé le Métronome, et j’ai décidé de relever les erreurs. Je me suis limité pour cet article à l’Antiquité, ma spécialité s’il en est. Et la liste est longue.

La liste est longue en effet. Allons, mon bon, « prenez place, attention à la fermeture des portes [4]» parce que ça risque de pincer…

2

Ce passage évoque l’île de la cité. Affirmant que « toute trace originelle en a été effacée » Deutsch ignore de fait tous les travaux récents et moins récents d’archéologie et d’histoire de Paris antique. Des ouvrages de vulgarisation très simples sont disponible dans n’importe quelle bibliothèque.

1) on connait la morphologie de l’île pour l’époque romaine : d’abord chapelet d’îlots vaseux, l’île est consolidée et restructurée au début du IVe siècle, probablement vers 308 (la date est connue grâce aux datations des poutres en bois des ponts, retrouvées en fouilles). On connait les fortifications de l’île pour l’antiquité tardive, observées au sud comme au nord. On connait bien évidemment tous les vestiges de la crypte archéologique, la basilique du marché au fleur, etc.

2) Seule certitude donc, Deutsch n’a rien lu sur le sujet.

Quand on parle de trace originelle, on parle de trace originelle : soit tout ce qui précède la Lutèce d’avant 52, pas celle du IVe. Il semblerait étonnant que Deutsch, ayant arpenté tout Paris, ait oublié de descendre dans la crypte de Notre Dame… Mais on attend une photo de Salviani d’un coin sur l’Île de la Cité où l’on peut trouver une trace originelle (visuelle, cela s’entend : si Deutsch évoque les remodelages jusqu’à Haussmann, ce n’est pas pour parler de ce qu’on a trouvé dans des fouilles, mais bien d’un élément de décor).

3

1) Vercingétorix ne s’est probablement jamais rendu armé, il s’agit d’un contresens possible du texte de César doublé de contradictions et d’embellissements postérieurs dus à Plutarque, Florus, et Dion Cassius. On se rend *normalement* désarmé au chef ennemi. La reddition de Vercingétorix fait l’objet d’un vrai débat : a t-il été livré par ses alliés après une discussion ? S’est-il livré de lui-même en grande pompe ? S’est il introduit dans le camp romain pour supplier son ancien ami César une dernière fois ? Etait il accompagné d’un coffret d’armes des autres chefs pour symboliser la reddition ou était il muni de son propre équipement de pied en cap ? La reddition du chef armé était-elle un rituel celtique préexistant consistant à vouer à la vindicte ennemie le leader vaincu ? Bref, un débat historique repris surtout au XIXe siècle dans l’imagerie populaire, dont Deutsch semble s’inspirer librement pour ne pas souligner l’incertitude de la réponse.

Fait gravissime : Deutsch a fait le choix de retenir la version brève et embellie, plutôt que de poser les mille hypothèses sur sa reddition, lesquelles retiennent l’éventuelle possibilité d’un dépôt d’armes effectif. S’agit-il d’une « ânerie » ? Non. Le chef arverne s’est probablement rendu et a été étranglé dans sa prison. On n’est pas dans la falsification.

2) Vercingétorix n’a pas été exécuté 3 ans après Alésia mais en 46 av. J.-C. (6 ans donc) ; en 49, César venait alors de franchir le Rubicon, fondant sur Rome et chassant de fait Pompée de la capitale ; en 48 il défait Pompée à Pharsale, qui fuit en Egypte pour y être assassiné par Ptolémée ; César y rencontre Cléopâtre, fait sa guerre en Asie (« Veni, vedi, vici »), et ne rentre à Rome qu’ensuite ; Vercingétorix est exécuté lors du quadruple triomphe de César. Une phrase lapidaire d’ailleurs « In carcere strangulatus est » (il est étranglé dans la prison [au pied du capitole])

Voilà une erreur véritable. Effectivement, c’est six ans après et non trois. Mais était-il utile à cette rectification d’y ajouter un étalage de science sur le planning de César au cours de cette période ?

4

Même procédé lexical que pour l’art gothique hein, ici Deutsch confond le terme scientifique de « civilisation gallo-romaine » tout à fait discutable (les Gaules romaines ont-elles vécu différemment la « romanisation » que l’Espagne, ou la Bretagne, ou l’Afrique du nord ?) ; la Gaule n’est pas « devenue gallo-romaine », les provinces des Gaules ont été créées sur un territoire que César fait correspondre à la souche celtique gauloise, à la suite d’une conquête, et elles ont été intégrées à l’Empire romain par des réformes structurelles et juridiques voulues par Auguste, ou Claude notamment.

Ici commence la mauvaise foi : il existait bien une Gaule précédant la romanisation et l’on peut bien parler, dans le cadre de la « création » par César (création entre guillemets, puisqu’elle se dit d’une chose produite ex nihilo) d’une Gaule devenue gallo-romaine. La « souche celtique gauloise » est demeurée gauloise en même temps qu’elle a intégré l’Empire, avec ses rites, sa culture et même, sa personnalité « frustre » par rapport au Romain de Rome, chose que Julien relèvera quelques siècles plus tard. Pour Salviani, on dirait presque que le rapport entre Gaule romaine et Rome, c’est un peu Paris et la Province… Mais non seulement la Gaule romaine conservait des aspects gaulois spécifiques à la culture, au peuple gaulois, mais surtout, il y eut une Gaule précédant celle-ci qui n’était absolument pas romaine. Parant à l’avance une éventuelle réponse de Salviani quant au fait qu’on ne saurait dire si cette Gaule était structurée en une entité homogène qui lui donnerait une valeur historique non fantasmée (un peu comme la Palestine en 48…), on signalera d’emblée qu’il existait une langue commune à tous les peuples qui vivaient là et, probablement que l’homogénéité de langue peut permettre  de supposer que la « création » de César n’en est pas une et qu’elle se fondait sur cet état de fait.

5

Deutsch extrapole rapidement par déterminisme géographique le fonctionnement économique de la Lutecia antique. On a peu de preuves d’un impôt de type « octroi » sur le passage de la Seine. Il contredit par ailleurs sa première affirmation d’absence de documentation sur l’ile de la cité.

Deutsch a parlé d’absence de traces (visibles, rappelons-le), pas de documentation. Et la mauvaise foi continue : « peu de preuves » ne signifie pas « pas de preuves ». L’ « extrapolation » de Deutsch n’est en rien invraisemblable, ni contrefaite.

6

Comment Deutsch sait-il comment s’articule l’île de la Cité après avoir affirmé qu’on n’en savait rien ? Contradiction majeure prouvant que son livre a surtout été écrit d’une traite, sans vraiment se renseigner avant d’affirmer des choses. Le palais fortifié à l’ouest de l’île date du IVe siècle, et pas du Ier. Les « autorités » romaines n’en avaient pas grand chose à faire de Paris qui n’est capitale de rien du tout à l’époque, juste chef-lieu de la cité-tribu des Parisii. Comment pouvait-il y avoir un « temple gaulois » « agrandi et embelli » alors même que Deutsch affirme que l’île est mal connue, et qu’il explique quelques pages auparavant qu’on ne sait même PAS où est la ville gauloise des Parisii (qu’il situe à Nanterre lui-même) ?

Rebelotte : Salviani, qui n’a pas compris l’esprit du livre (pourtant expliqué dès la page 11 : « je vous propose donc d’avancer siècle par siècle ») et ne saisit pas que les traces effacées évoquées par Deutsch précédemment sont celles de la Lutèce originelle. On avance, comme le métro. La Cité du Ier siècle n’est pas la cité préromaine et s’il est vrai que le palais ne date que du IVe siècle (seconde erreur de Deutsch : on compte les points), l’assertion selon laquelle « les « autorités » romaines (pourquoi des guillemets ?) n’en avaient pas grand-chose à faire de Paris »  est contredite par les constructions, dès le 1er siècle, du forum, des thermes et des arènes. A ce sujet, la Crypte de Paris avait organisé une exposition en 2009-2011 sur les grands monuments de Lutèce. Dans un dossier de presse, les auteurs estiment que « la Lutèce romaine est une création du règne d’Auguste (27 av. 14 ap. J.C.) participant du grand dessein impérial de réorganisation des provinces gauloises. Il s’agit pour l’autorité romaine de contrôler et d’administrer le peuple celte des Parisii, implanté à Lutèce, ainsi que son territoire, la civitas. La ville ne peut donc être perçue comme une entité indépendante du territoire dont elle est le cheflieu. Elle accueille les institutions municipales, expression des élites gauloises locales qui ont la charge, notamment, du recensement, de la perception de l’impôt et de toutes les célébrations manifestant l’allégeance à la puissance romaine. C’est pour abriter ces différentes fonctions qu’a été mis en place un système de grands monuments.[5] » Prétendre que Lutèce ne compte pour rien pour les autorités romaines, c’est faire dans la falsification. En outre, la même brochure relève l’existence probable d’un ou plusieurs sanctuaires sur la butte Montmartre (à l’est donc), qui « devait constituer un point de repère central dans le territoire des Parisii [6]».

En bref, la présence d’un temple jovien sur l’île de la Cité n’est pas avérée strictement et définitivement, d’autant plus que le cœur de la ville n’est pas sur l’île durant le haut-empire, mais au sud de la Seine.

Si Montmartre était « un point de repère central dans le territoire des Parisii », il y a tout lieu de penser que Lutèce n’avait pas qu’un cœur : si le forum est effectivement au sud de la Seine, rien ne permet d’objecter l’existence d’un temple sur l’Île. La très sérieuse Bibliothèque Nationale de France relaie d’ailleurs, sur son site, ce délire deutschien, estimant que « depuis l’Antiquité, l’emplacement où se trouve la cathédrale Notre-Dame de Paris est consacré à la religion, d’abord païenne puis chrétienne. Des fouilles archéologiques au XVIIIe siècle ont permis de mettre au jour des vestiges d’un temple antique, des autels en pierre à l’effigie de divinités, dont Vulcain et Jupiter alors vénérés par les habitants des rives de la Seine.[7] » Désinformation ? Délire nationaliste de nos fonctionnaires crypto fascistes ?

7

Deutsch évoque ici le « Pilier des Nautes » superbe pièce exposée au Musée de Cluny. Cette inscription monumentale de la corporation des nautes (naviculaires) et des utriculaires (transporteurs d’outres) a bien été retrouvée sur l’île, mais dans les fondations d’un bâtiment médiéval, en réemploi, et donc pas du tout en position primaire. Le pilier n’a pas de provenance primaire établie avec certitude. Lorant Deutsch commet par ailleurs une immense bourde de latin et montre une méconnaissance profonde de la religion romaine : Tibère n’est pas désigné comme OPTIMVS MAXIMVS (très bon très grand) dans l’inscription, c’est seulement et uniquement Jupiter (dont on connait le culte à Jupiter Optimus Maximus à Rome et dans l’Empire) ; Deutsch plaque ici volontairement son petit délire sur le culte impérial et sur la grandeur des souverains.

L’OPTIMO MAXIMO (avec la bonne déclinaison, c’est mieux) réfère en effet à Jupiter seul sur le Pilier des Nautes, mais l’erreur de traduction n’est pas catastrophique et ne révèle aucunement « un petit délire sur le culte impérial et sur la grandeur des souverains » car en effet, les empereurs étaient bel et bien vénérés comme des dieux. En atteste l’Édit de Milan (313), lequel « permet aux chrétiens de ne plus devoir vénérer l’empereur comme un dieu [8]». Par ailleurs, si mention est faite sur la dédicace d’un temple d’un empereur, c’est bien que ce dernier, dont le nom est accolé à celui de JOM, est directement rattaché à l’hommage dont le monument se réclame. L’accusation de Salviani relève, une fois de plus, du procès d’intention.

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Je vois mal comment Jésus, juif parlant Araméen en Judée, lors de sa naissance, a pu fêter d’une quelconque façon la naissance de Lutèce. Un petit problème de délire catho Lorant ? Par ailleurs : lors de l’exécution de Jésus de Nazareth, en 33, le monde entier s’en tape, et on est loin d’imaginer le plus petit quart de dixième de succès d’un courant de pensée religieux qui est alors une secte au sein de la nébuleuse juive d’orient. Téléologie primaire.

Face à de la « téléologie primaire », Salviani fait œuvre de délire hystérique antichrétien manifeste : le passage incriminé est clairement une licence poétique, Deutsch ne prétendant aucunement que Jésus a fêté la naissance de Lutèce (« comme pour fêter »). Il indique la contemporanéité de la naissance du Christ et de celle de la Lutèce gallo-romaine considérée comme « la toute première urbanisation » de Paris, au moins par Didier Busson, archéologue au Département Histoire de l’Architecture et Archéologie de Paris et Sylvie Robin, conservateur au musée Carnavalet et au D.H.A.A.P, les deux commissaires de l’exposition de la Crypte de Paris évoquée précédemment[9].

D’ailleurs, cette évocation, bien qu’elle ne peut que déplaire aux petits universitaires « spécialistes » porteurs d’œillères, relève l’émergence d’une réalité concomitante qui s’enjoint dans un processus mondial de révolution paradigmatique où « une secte au sein de la nébuleuse juive d’orient » fonde, non pas seulement « un courant de pensée religieux », mais une civilisation tout entière.

9

Retour sur le pilier des Nautes : Deutsch sait parfaitement que le pilier a été trouvé en réemploi dans une maçonnerie, il ne sait tout simplement pas ce que ça veut dire. Dommage.

Ici, mauvaise foi carabinée, encore. Salviani prétextant le réemploi des colonnes prétend que la colonne pouvait bien se trouver ailleurs initialement. Pourquoi pas… Mais avant tout, pourquoi y’aurait-il eu déplacement ? C’est ce que l’on appelle chercher midi à quatorze heures… En l’état, rien ne permet d’invalider la proposition de Deutsch ou de la BNF.

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Bug massif dans mon processeur interne. Lutèce voulue par l’occupant romain, sur l’île de la cité. Par où commencer : par le fait d’une fois de plus se tromper pour l’emplacement du coeur de la ville de Lutèce (qui globalement s’étale sur les pentes de la montagne Sainte Geneviève, rue saint Jacques, Soufflot, etc. et vers la Bièvre, et non sur l’ile) témoigne d’une OBSESSION pour le fait de placer les origines de la ville sous Notre-Dame. L’occupant romain est cocasse : Rome n’a pas colonisé ni occupé la Gaule comme la France a colonisé l’Algérie, ou comme le IIIè Reich a occupé la France. La romanisation des élites gauloises s’est fait dans un consensus amenant les élites celtiques à se romaniser par le droit, par la citoyenneté romaine, par l’instauration d’institutions civiques romaines (ordre des décurions, magistrats locaux, corporations, culte impérial, latin, justice provinciale, etc.) ; il n’y a pas eu d’occupation, mais consensus et acculturation. C’est une énorme différence. Le choc des civilisations n’a pas eu lieu exactement comme Deutsch l’entendrait.

D’où la participation des Aulerques aux conflits de -53 : la guerre entre Labienus et Camulogène constitue-t-elle « une romanisation consensuelle », vraiment ? Et rebelotte, procès d’intention : où Deutsch laisse-t-il planer un « choc des civilisations » ? Se prétendre spécialiste de l’Antiquité et nier l’extrême violence des conquêtes romaines, c’est être à Rome ce que Faurisson est au Reich.

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On n’y comprend plus rien : Deutsch fait le récit de la bataille entre Titus Labiénus et les Parisii au début du livre. Il la site à Nanterre, mais les romains auraient détruit le Paris des origines, qui n’était en fait pas Paris. On perd le fil, et surtout on perd la tête face à des affirmations terribles d’ignorance : les divinités gauloises ONT survécu à la conquête romaine, César reconnaît dans le panthéon gaulois une dizaine de dieux qui sont interprétables comme des dieux proches des dieux romains : Mars, Mercure, Jupiter, etc. par ailleurs une quantité considérable de sanctuaires gallo-romains ont été découverts attestant des dieux hybridés : Mercure Solitumaros, Apollon Moritasgus, Mars Mullo, Sucellus, etc. etc. ; les dieux gaulois tels qu’Epona ont survécu pendant près de 3 siècles par endroit, la langue gauloise aussi, avec notamment un document célébrissime, la tuile de Châteaubleau, qui contient un texte en gaulois de 11 lignes, daté du IIIe siècle APRES Jésus Christ. Un s i m p l e livre d’une collection grand public lui aurait appris, un simple détour par le musée d’archéologie nationale de St Germain lui aurait appris.

Mauvaise foi carabinée, là encore. Les survivances du celtisme dans Rome n’ont effectivement pas permis de conserver des éléments complets de la culture des peuples romanisés, excepté leur folklore. Au sujet de la batille de Lutèce : non seulement cette dernière contredit la vision « consensuelle » de l’acculturation romaine, mais ici Deutsch ne contredit pas l’hypothèse du Paris nanterrois. Que la Lutèce augustinienne soit hypothétiquement située à quelques kilomètres de la Lutèce originelle ravagée par César n’enlève rien au constat que les bribes restantes de culture, de civilisation et, surtout, d’histoire de ces peuples déchus ne sont que des bribes et que la grande part de ce que l’on en sait tient dans la Guerre des Gaules. Et LES tuiles de Chateaubleau (il y en a deux) ne nous éclairent que très peu sur la civilisation gauloise, d’une part, et ne révèlent en aucun cas une utilisation courante et large de la langue gauloise au IIIe siècle. A contrario, passé le IVe siècle, il s’avère impossible de trouver des vestiges d’écriture gauloise.

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Cf précédemment. En ajoutant que l’identité Gauloise, c’est un peu du flan : s’il y a bien une culture celtique commune, matériellement (culture de La Tène, succédant à la culture de Hallstatt), il est difficile d’attribuer aux territoires celtiques, gaulois s’il en est, une identité commune : politique morcelée, militairement désunie, institutionnellement pas vraiment documentée autrement que par César (trèèèèès objective comme source), l’identité Gauloise on se torche avec. Petit écho contemporain de l’identité nationale ? Nos ancêtres les gaulois, ça sent le rance.

Oui, « le rance », les heures les plus sombres, etc. Lexicologie psittaciste de tous les obsédés pathologiques du « cauchemar identitaire ». A noter qu’en page 32 du Métronome, Deutsch aborde cette question dans un encadré (« Les Gaulois ont-ils toujours été nos ancêtres ? »), prenant clairement une distance par rapport à cette thèse. Salviani, étonnamment, omet de le signaler. Ce qui est d’autant plus navrant, c’est qu’après avoir reproché à Deutsch de nier la survivance d’une culture gauloise, voilà que Salviani nous apprend qu’elle n’a pas existé ! Voilà un peuple avec une langue, une culture, des dieux… Mais point d’identité !

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Là encore on retrouve la parabole essentialiste de L. Deutsch : tout est essentiel à l’ethnie hein, il y a une identité gauloise, et les Gaulois n’ont jamais rien construit. C’est con comme la Lune, mais comme je l’expliquais : ce sont bien des gaulois, des habitants des provinces des Gaules, qui ont accepté la culture romaine : si certes les celtes n’ont pas livré d’architecture monumentale, ils ont livré une documentation archéologique phénoménale : Corent, Ribemont sur Ancre, Bibracte et son formidable murus gallicus, Alésia, etc. ; Deutsch veut du marbre blanc, il n’en a pas trouvé, les Gaulois n’ont rien bâti, fin de démonstration.

De nouveau, mauvaise foi carabinée et procès d’intention : Deutsch relève qu’aucune grande construction, ni grand texte gaulois ne nous sont parvenus (pas de Grande Muraille visible de l’espace, pas de Pyramides, pas de Baghavad Gita, d’Illiade ou de Torah…), Salviani accuse Deutsch de prétendre qu’ils n’ont rien bâti ni écrit !  Et pour mieux appuyer son mensonge, il tronque la citation : avant l’extrait choisi, juste avant, Deutsch rappelle que ce sont les historiens qui pendant longtemps, « regardaient cette civilisation avec mépris ou au moins, une dédaigneuse condescendance» et rappelle juste après que depuis « ils ont révisé leur jugement ».

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Encore une fois, le choc des civilisations sert d’homme de paille et de figure stylistique et rhétorique. Deutsch ne conçoit l’histoire que comme une suite inéluctable d’affrontements radicaux, de batailles de remplacements ethniques et de migrations. De fait Deutsch pense comme un mythographe grec de l’époque archaïque : aux achéens ont succédé les doriens, les ioniens, etc. ; Les germains n’avaient probablement à l’époque de la conquête des Gaules aucuuuune velléité de « conquête » (au nom de qui ? de quelle institution ? de quel Etat ?) ni de migration (qui au demeurant sont assez fréquentes pour être d’abord un mode de vie, et pas un mode de prédation économique et militaire). La Germanie n’était pas « en marche », la Germanie était bien confinée derrière le Rhin, dans ses centres défendus. Les Parisii n’ont jamais eu à faire un choix germanisation – latinisation. Et n’auraient jamais eu la faire. L’uchronie sert bien Deutsch ici, mais n’a aucun sens, ni aucun intérêt intellectuel.

Il va vraiment falloir consulter car qui, de Deutsch ou Salviani, est obnubilé par le choc des civilisations ? Rappeler qu’en Histoire, il y a parfois des affrontements radicaux, des batailles, des remplacements ethniques et des migrations, ce n’est pas nier qu’il existe également d’autres suites d’évènements. Mais quand il s’agira d’aborder l’acculturation chrétienne et « la [christianisation] des élites [franques puis carolingiennes et enfin, de l’ensemble des élites des peuples européens] dans un consensus amenant ces élites à se [christianiser] par le droit, par la citoyenneté [chrétienne], par l’instauration d’institutions civiques [chrétiennes (rois sacrés par les évêques, tribunal de l’Inquisition, noblesse, clergé, corporations, papauté, etc.] », il y a fort à parier que soudain, tout ne sera plus qu’une « suite inéluctable d’affrontements radicaux, etc. ».

Quant à l’absence de velléité des peuples germains, on se demande bien pourquoi on bâtit un Palais et des fortifications au IVe siècle et à quoi servait le limes de Germanie, lequel fut détruit en 258 par les attaques des Alamans…

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*BUZZZZ* : Les Arènes de Lutèce ne sont pas :

1) un amphithéâtre à proprement parler, mais un théâtre amphithéâtre

2) le plus beau (ni grand) édifice de type amphithéâtre de la Gaule. Nimes, Arles, Cahors, Lyon, ça vous parle M. Deutsch ? La décoration des arènes de Lutèce est globalement pas très bien connue et n’a rien de comparable en terme de qualité avec ce qu’on trouve au sud de la Gaule, ou dans des cités un peu plus parées.

Et :

3) On connait mal l’architecture réelle du monument, puisque l’essentiel de ce qu’on en voit aujourd’hui est une restauration moderne (qui ne porte pas par ailleurs de parure architecturale antique qui aurait permis à Lolo de s’imaginer autre chose qu’un fantasme personnel)

End.

CONTRE *BUZZZZ* :

  • Dans un ouvrage de vulgarisation, on est en droit de simplifier les choses. Le lecteur se branle de la distinction « amphithéâtre »/ »théâtre amphithéâtre » et pour cause, un « théâtre-amphithéâtre »… Est un amphithéâtre ! Cette précision de Salviani n’a donc aucune espèce d’utilité et ne révèle aucune contrefaçon de la part de Deutsch.
  • Reprendre la brochure de la Crypte de Paris sur les monuments de Lutèce : « L’amphithéâtre, plus communément appelé « Arènes de Lutèce », est parvenu jusqu’à nous exceptionnellement conservé. Construit vers la fin du Ier siècle, en dehors de la ville car le sang y était versé, l’amphithéâtre se classe parmi les plus grands de Gaule.[10]». L’un des plus grands de Gaule. Deutsch n’est donc pas le seul à le penser.
  • On imagine mal qu’un amphithéâtre se classant parmi les plus grands de Gaule soit décoré de deux crottes de nez et d’une guirlande : En fait, la description prosaïque de Deutsch n’a rien d’invraisemblable.

Next.

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Moui moui la puissance de Rome dans un édifice pas très grand, qui ne ressemble pas vraiment aux arènes classiques qu’on trouve dans le sud de la Gaule ou en Italie (allez voir Capoue bon sang ! Ou le Colisée !). C’est surtout un bricolage local, comme beaucoup d’édifices de spectacles en Gaule. Passons le cliché sur les orgies romaines. Passons encore une fois le gros délire colons – colonisés qui fait écho vibrant aux « aspects positifs de la colonisation » très en vogue dans la droite contemporaine.

Absurdus delirium. Voilà Deutsch accusé de défendre les aspects positifs de la colonisation, quand ce dernier ne fait que relever un point commun entre romains et gaulois, « le même culte pour les auteurs anciens » ! Par ailleurs, à quels clichés Salviani fait-il référence au sujet des orgies romaines? César a bien autorisé les bacchanales, qui étaient interdites depuis le scandale de -186.

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En fait, plusieurs textes nous disent que les Arènes sont encore debout au Ve siècle, car on y tient parfois des assemblées politiques, notamment Clovis y fait un tour. Il y a bel et bien eu une nécropole par contre.

Si Chilpéric les a bien réparées en 577, les arènes ont effectivement été détruites lors des invasions barbares de l’an 280.

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Ceci est : crétin. De fond en comble. Délire de ségrégation spatiale entre des Romains et des Gaulois :

1) à partir de 212 ap. J.-C. (Deutsch parle ici du IIIe – IVe siècle), tous les hommes libres de l’empire sont citoyens romains, en vertu de l’Edit de Caracalla (appelé aussi Constitution Antonine). Cet édit est passé pour entériner l’idée que : tous les habitants de l’empire sont romanisés proprement, il n’y a plus de raison d’induire des différences de statuts entre libres citoyens, libre pérégrins, libres soumis au droit stipendiaire, étrangers. Seuls les esclaves demeurent infériorisés par leur statut de bien meuble. Il n’y a jamais eu de division spatiale entre des quartiers romains et gaulois. C’est crétin, historiquement faux, et improuvable (je me ferais un plaisir d’emmener Deutsch sur un chantier de fouilles pour qu’il me dise quelle maison est habitée par un romain d’une maison habitée par un gaulois pas citoyen romain, la distinction m’intéresse vraiment, les critères aussi).

2) La ville prend son nom de Civitas Parisorum au IVe siècle, c’est pas un débat compliqué. C’est un phénomène omniprésent dans la Gaule Romaine : beaucoup de cités reprennent le nom de leur ethnique. Civitas Mediomatricorum pour Metz, Cadurca (les Cadurques) remplace Divona pour Cahors, etc. etc.

Pas si crétin que ça :

  • Sauf à croire que parce qu’on a dit aux gens qu’ils étaient égaux, cela suffit à ce que ces gens se mélangent de facto, l’anthropologie tend à observer que les mêmes restent entre eux. Deutsch n’évoque pas la distinction entre esclaves et citoyens, mais une possible répartition sociologique crédible entre romains/élites gauloises d’un côté et « populace » gauloise de l’autre. Cela est certes improuvable (et en ce cas, pas « nécessairement faux »), mais n’a rien de « crétin » ni d’invraisemblable. D’autant que les propos de l’empereur Julien à l’égard des parisiens et que l’on verra bientôt renforcent l’idée qu’il existait bien des différences culturelles notables entre parisien « de souche » et parisien « romain de Rome ».
  • Mais l’explication qu’en fait Deutsch est certes prosaïque. Mais partant et pour que le lecteur ne prenne pas au pied de la lettre ce récit, il a soin, page 68, de faire un encadré sur le sujet (« Depuis quand Paris est-il Paris »), plus factuel.

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Nope, tout n’est pas forcément lié au cardo maximus. Ca aide mais bon, c’est un raccourci. Le cardo n’apprend pas aux Parisii comment la ville se construit, pour la simple et bonne raison que ce sont eux qui la construisent, avec l’aide d’architectes romains très certainement, mais dans un contexte ou ils savent ce qu’ils veulent. Par ailleurs, les Gaulois savaient ce qu’était une ville, même avant la conquête. L’absence de marbre et de plan orthogonal ne fait pas l’absence de l’urbanité.

Tout n’est pas forcément lié au cardo, mais la ville de Lutèce s’est bien fondée dessus. La Lutèce augustinienne n’est pas bâtie en fonction des besoins des Parisii mais bien selon les dispositions d’Évandre et une structuration romaine en termes d’emplacements des bâtiments. L’agrandissement de la cité se fera, effectivement, selon les sciences de l’urbanisme romain.

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Là on rentre dans du WTF à large spectre.

1/ Les hagiographies sur les évangélisateurs sont toutes douteuses, soumises à une critique de fond et de forme, et sont toutes des réinterprétations et des narrations médiévales a posteriori. Le coup du missionnaire envoyé par Rome comme on enverrait un Jésuite en Chine, c’est chaud patate. Deutsch ne connait manifestement pas le principe d’hagiographie, de vie des saints, qui a de fameux jours au Moyen Âge, mais qu’il faut surtout éviter de considérer comme relevant d’une historicité établie. Les récits hagiographiques ont tous plus ou moins la même structure, et servent la communication politique des souverains chrétiens et de leur milieu de cour bien des siècles après la mort des martyrs chrétiens évoqués.

2/ L’historicité de Saint Denis n’est même pas prouvée.

3/ Le christianisme est une religion orientale, n’a pas pour coutume de se choquer des moeurs romaines puisque les chrétiens sont souvent des citoyens romains tout ce qu’il y a de plus normaux ; l’évêque de Rome ne réside pas au Vatican dans un palais, il se cache et ne revendique pas son titre auprès des autorités. C’est un citoyen souvent sénateur qui vit d’une manière tout ce qu’il y a de plus conventionnelle. Le délire sur les faux dieux est une réélaboration tardive sonnant comme une dénonciation du paganisme romain décadent. Biais historiographique, biais de source.

Comme subodoré précédemment, dès que c’est chrétien, pour Salviani, ça ne vaut rien… Si la réalité de Denis n’est pas prouvée, il n’y a pas lieu de s’y opposer formellement tant que sa réalité présumée :

  1. Ne contrevient pas aux connaissances historiques que l’on a de l’époque,
  2. Dessert utilement la compréhension que l’on peut avoir de ladite époque (christianisation de la Gaule romaine qui s’est produite via des évangélisateurs, édification de l’église Saint Pierre et Saint Paul par Clovis en 502, etc.).

S’agissant du christianisme « n’ayant pas coutume de se choquer des mœurs romaines »… Quelles sont les sources de Salviani ?

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Non : l’empereur n’est pas vénéré en personne. Son Numen et son Genius le sont. L’empereur n’est divinisé qu’à sa mort, sur vote du Sénat. On vénère les Divi Augusti, les divins augustes, mais pas les empereurs vivants. Auguste en son temps refusait qu’on lui élevât des temples juste pour lui. Les chrétiens s’intéressent au temporel, puisque l’évêque de Rome a vocation à asseoir une légitimité politique face à un empire qui occasionnellement bute du chrétien. Les chrétiens refusent le fait de sacrifier aux empereurs divinisés, comme les juifs (sauf que les juifs ont un traité spécial qui leur permet de sacrifier une boulette d’encens pour faire genre), car ils ne reconnaissent qu’un seul dieu. Néanmoins ils participent souvent aux fêtes civiques classiques. Par ailleurs, « il faut rendre à dieu ce qui est à dieu et à César ce qui est à César » est une exhortation de Jésus envers ses disciples pour ne justement pas troubler l’ordre public. Utiliser cette locution biblique pour une telle situation est soit de la pédanterie, soit un contresens énorme.

A pondérer. Wikipédia nous apprend la chose suivante : « les Antonins font progresser la religion impériale pour des raisons essentiellement politiques. Pline souligne que comme Jupiter, l’empereur Trajan (98-117) porte les noms d’optimus et maximus. Dion de Pruse, un célèbre orateur développe l’idée que Zeus ne s’occupe que du ciel et que son délégué sur la terre est l’empereur. Hadrien (117-138) est assimilé en pays grec à Zeus Olympios. La tendance à la divinisation des empereurs de leur vivant s’affirme donc. [11]» Toutefois, on conviendra que l’usage portait sur les morts… Ce que Deutsch ne contredit pas, au demeurant.

Quant à l’interprétation de la formule évangélique, on découvre tout le potentiel théologique de Salviani ! Le « rendez à César » n’est pas une exhortation aux disciples mais une réponse faite aux sacrificateurs, scribes et anciens (Lc 20, 20-26), non pour ne pas troubler l’ordre public, mais pour contrer la « ruse » de leur question. Il est bon de ne pas s’essayer à des choses que l’on ne connaît pas et de suivre ses propres conseils, en commençant par étudier les sources d’un sujet qu’on aborde… En tous les cas, la présentation faite par Deutsch ne constitue en rien un contresens.

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Sisi, un magistrat ou un responsable romain est parfaitement capable de comprendre un discours religieux, même monothéiste, car il y est confronté depuis des siècles. Fescennius comprend parfaitement, mais Denis fait juste crime de lèse-majesté et trouble l’ordre public. Comme Jésus en son temps, on le dézingue parce que c’est la loi, pas parce que le païen est un violent tueur de gentils chrétiens.

Après nous avoir servi l’image de chrétiens soumis à l’ordre romain (« Le christianisme est une religion orientale, n’a pas pour coutume de se choquer des mœurs romaines puisque les chrétiens sont souvent des citoyens romains tout ce qu’il y a de plus normaux »), voici maintenant que leur doctrine constitue un trouble à l’ordre public… N’y a-t-il pas contradiction ?

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En 257, pas vraiment. Depuis 253, Valérien et Gallien règnent sans partage et en corégence. Les épisodes de Trajan Dèce et Trébonien Galle, Emilien et Volusien (et un certain Sylvannacus), sont passés, ils ont stabilisé une situation qui s’était déréglée sérieusement depuis 235. L’empire n’est l’objet d’aucune sécession majeure. Gallien règne même jusqu’en 268, ce qui en fait, avec 15 années de pouvoir, un des règnes les plus long du IIIe siècle (Sévère Alexandre : 13 ans, Dioclétien : 20 ans, Septime Sévère 18 ans). Le poncif du IIIe siècle ça va cinq minutes.

Une simple consultation de la page Wikipédia, source vulgarisatrice chère à Salviani, à propos de l’Empire romain[12], donne assez raison à Deutsch et permet de considérer que :

  • Le poncif du IIIe siècle est plutôt une réalité,
  • La « stabilisation » de Gallien se fonde sur une main de fer et sur une « barbarisation » de l’armée romaine, opérant une mutation profonde qui prépare les troubles à venir.

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Les empereurs se succèdent, et encore heureux. Le problème eut été qu’ils ne se succèdent pas. Rappel : avec la mort de Sévère Alexandre s’ouvre le règne de Maximin le Thrace. 3 ans, éliminé par les armées de Pupien et Balbin (ne pas confondre avec Pubien et Bat-le-pain mdrrrr), et c’est Gordien III qui prend le pouvoir (238 – 244). Gordien III réussit connement à se faire tuer en voulant mener une guerre contre les Perses. Philippe l’Arabe lui succède (nous sommes en 244), 249 – 253 : passage de forte instabilité avec Trajan Dèce, qui meurt au combat contre nos chers Goths, et Trébonien Galle, s’en suit l’année de Volusien et d’Emilien, qui se conclut sur l’arrivée au pouvoir de Valérien avec ses légions de Pannonie. Valérien lance en effet une guerre de défense contre les perses, Gallien le soutient pleinement et règne à Rome en son absence. Valérien meurt, mais Gallien n’a en fait aucun intérêt à voir disparaître son père qui a stabilisé le pouvoir et les armées. Voir un opportunisme de Gallien est vite dit : dans son autobiographie, le roi Sapor Ier, vainqueur de Valérien, explique clairement qu’il n’en a pas grand chose à branler de ce que Gallien veut : il se sert de Valérien comme d’un marchepied pour son cheval, le torture, l’écorche et le fourre de paille pour en faire un épouvantail. Sapor n’attendait rien d’une rançon de Gallien, car il était en position de force après avoir maravé coup sur coup Gordien III, les armées de Trébonien Galle, et Valérien.

Interprétation non seulement infondée, mais également incohérente du point de vue de la diplomatie militaire : si Gallien avait voulu, il aurait en effet négocié la libération de son père, avec ou sans succès. Que Sapor fut en position de force ne change rien : Rome ne lui a rien demandé.

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Rome est toujours Rome. Rome vit très bien au IIIe siècle, malgré les difficultés. Les complots ne datent pas vraiment du IIIe siècle (Claude, Séjan, Corbulon, Néron, Vindex, Galba, Othon, Vitellius, Commode, Geta et Caracalla, etc.), c’est endémique du pouvoir impérial romain. Aucune décadence ou dégradation des « mœurs politiques » (définition ?), la catastrophe pour l’empire n’est ni dans les mentalités, ni dans les faits. 410 sera un choc. La mort des empereurs au combat est une nouveauté, mais Rome reste Rome, et Rome survit jusqu’en 476, et l’empire d’Orient s’appelle l’Empire de Rome, l’idée même de Rome et de Romanité vit longtemps après le IIIe siècle. L’empire se morcelle par des velléités d’usurpation, mais on est loin de l’indépendantisme basque ou corse.

Retour du « tout va très bien, madame la marquise »… La menace barbare est latente (et explique la fortification de Lutèce, entre autre), le régime est instable (reprendre l’article Wiki). Savielli une fois de plus, est d’une mauvaise foi déconcertante, reconnaissant que l’ « Empire se morcelle » mais bon, hein, c’est pas la Corse… Lui qui reproche à Deutsch la mise en relief de phénomènes récents à la lumière du passé ! Et définition des mœurs politiques : comportement moral des détenteurs de l’auctoritas.

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Ah, on revient à l’histoire nationale. Après avoir raconté du caca sur l’empire romain tardif, Deutsch essaye d’évoquer ce qu’on appelle communément « l’Empire Gaulois », abus de langage dont aucun étudiant en L3 n’est dupe : il s’agit d’un terme conventionnel qui n’a aucun rapport avec l’identité gauloise, l’indépendance de la Gaule. Postumus est simplement un énième général qui veut le pouvoir à Rome, et qui prend le pouvoir localement grâce aux armées frontalières qui le proclament. Postumus n’est pas « empereur de la Gaule » il est « restitutor » de la Gaule, pas parce qu’il se sent spécialement centré sur la Gaule, mais parce qu’il a vaincu des envahisseurs, et tous les empereurs du IIIe siècle se revendiquent restitutor d’une province quand ils y ont fait la guerre : les monnaies avec des Mars Propugnator (qui repousse l’ennemi), ou  » [Province] restituée » pullulent littéralement dans la communication impériale, qui passe beaucoup par les monnaies qui payent les troupes. La couronne d’or n’a rien de spécifique à Postumus : il s’agit de la couronne radiée présente sur toutes les monnaies impériale de type antoninien depuis Caracalla. C’est un classique depuis les années 210 après JC. (nous sommes en 260 ici).

Toute cette jargonnerie n’enlève rien aux propos de Deutsch : marquer son Empire en Gaule distingue ce territoire de l’Empire de Gallien. Il y a concurrence effective et existence manifeste d’un Empire des Gaules. Et « l’étude de la numismatique et des synchronismes entre les monnaies des empereurs des Gaules et celles des empereurs romains légitimes » confirme la coexistence d’un Empereur romain et d’un Empereur des Gaules, on ne comprend pas bien où Salviani veut en venir… Y’a-t-il deux empereurs ou non ? Postumus est-il Empereur des Gaules ou non ? En quoi le récit de Deutsch est-il une contrefaçon ?

La remarque sur la non spécificité de la couronne n’apporte rien également, dans la mesure où Deutsch n’a pas prétendu le contraire.

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Si, il cherche à arriver à Rome. C’est le principe de toute usurpation. Il n’en a simplement pas les moyens, et la situation stagne pendant 9 ans, mais jamais Postumus n’a eu l’idée de fonder un empire à part. Encore heureux qu’il ne remette pas en cause son appartenance à la romanité : c’est un général romain ! Deutsch confond ici l’idée de frontière et d’état nation, installer une frontière militaire en cas de sécession n’est en rien la déclaration d’indépendance d’un état différent. C’est un état parallèle, illégal-mais-ayant-vocation-à-se-légitimer.

Monument de mauvaise foi et de procès d’intention. En quoi Deutsch confondrait-il ici « l’idée de frontière et d’état nation » ? Spécifiant même que Postumus « ne remet pas en cause fondamentalement sa romanité », il évoque bien le maintien de l’Empire de Gaule dans la sphère de la romanité.

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Nope, Postumus ne creuse aucun fossé. Cf précédemment. Postumus est simplement un Vespasien ou un Valérien qui n’a jamais réussi à finir ce qu’il avait commencé.

Marquant une frontière avec Rome, Postumus creuse de facto un fossé entre l’Empire romain et son Empire gallo-romain… Comment Salviani peut-il produire un syllogisme aussi patent et se convaincre lui-même ?

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Les troupes sont romaines, pas gallo-romaines : aucun lien ethnique entre légions et territoire de stationnement. Les troupes sont romaines, parce que constituées de soldats citoyens romains. Halte aux poncifs ignorants sur l’identité, par pitié.

Qui parle d’ethnicité ?! Pas Deutsch en tout cas. Les troupes de l’Empire des Gaules, séparé politiquement de celles de Rome, sont nommées gallo-romaines pour ne pas les confondre avec les troupes romaines de Rome… Une lecture impartiale ne s’évertuerait pas à contester de tels extraits, ne cherchant qu’à jeter le soupçon sur Deutsch de souscrire à la thèse de Bouvier-Ajam sur une volonté d’indépendantisme celte de l’Empire des Gaules. Rien dans le Métronome ne va en ce sens.

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Postumus est assassiné, mais ce n’est pas Tetricus qui lui succède directement. Il y a d’abord Marius, puis Victorinus.

Deutsch a passé effectivement sous silence ces deux empereurs au règne éclair, qui n’apportent rien de significatif ; sans doute pour aller directement au successeur au sujet duquel il est loisible de raconter quelque chose.

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Pas encore. Paris, c’est au IVe siècle très probablement. L’île de la cité n’est pas encore fortifiée, et ce n’est qu’à la fin du IIIe que la maille urbaine se rétracte progressivement. De toute façon, Lutèce était une petite bourgade. Ce n’est pas Lyon, ni Augusta Treverorum.

Reprendre le dossier de presse de la Crypte de Paris sur les monuments de Lutèce : encore une fois, même si elle n’est pas comparable à Lyon, ce n’est pas une « petite bourgade » mais bel et bien un centre administratif de toute une civitas voulu par Auguste. Deutsch ne mentionnant pas ici de date, pourquoi Salviani se sent-il obligé de « corriger » ce dernier en prétendant qu’il nomme Lutèce Paris au IIIe siècle ? Comble de mauvaise foi, trois paragraphes avant (p.59), Deutsch évoque l’érection de l’enceinte autour de Lutèce : on est donc bien au IVe siècle. De même, il le rappelle en p.68 (encadré : « Depuis quand Paris est-il Paris ? »)

32

La lassitude se ressent chez moi. Constantin ne délègue rien du tout.

C’est Dioclétien qui instaure à partir de 285 un système qu’on a appelé la tétrarchie. 2 empereurs augustes, et 2 empereurs césars subordonnés se partagent l’empire. Les Augustes ont un mandat de 20 ans, ils abdiquent à la fin de ces 20 ans et les Césars prennent leur place pour devenir Augustes et se choisissent à leur tour des Césars. Dioclétien réforme complètement les provinces et l’empire, l’administration, il désigne plusieurs capitales. Il abdique en 305. Et là c’est Constantin et Maxence qui foutent la merde : refus des collègues de Dioclétien d’abdiquer, volonté de nommer leurs fils César alors que d’autres étaient pressentis, bref, à partir de 307, Constantin fait TOUT pour diriger seul : il élimine Maxence au pont de Milvius et ne règne seul qu’à la mort de Licinius vers 324. L’empire ne se morcelle pas : il est d’abord sectorisé par Dioclétien, et réuni de fait par Constantin.

Deutsch dit exactement la même chose la phrase suivant l’extrait retenu par Salviani (p.62) : « Constantin, soucieux de maintenir avant tout l’unité de l’empire, doit livrer bataille aux romains dissidents ». Là encore, comble de la mauvaise foi.

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Consistance historique donnée à l’épisode du pont de Milvius tout à fait mythifié. Constantinople n’est fondée qu’en 325, après la mort de Licinius.

Salviani aurait pu choisir le bon extrait : ici, il ne semble pas y avoir de mythification flagrante. Par contre un peu avant, Deutsch reprend en brut la version d’Eusèbe de Césarée avec la Croix dans le ciel et la voix qui clame « par ce signe, tu vaincras ! ». Bien. Salviani pense-t-il le lecteur si stupide qu’il sera incapable de détecter la part de mythe dans le récit ?! Mais enfin, les crétins qui le louent en commentaire de son blog avait sans doute besoin de lui pour ça… Sur la date de construction de Constantinople, Deutsch ne prétend pas à une construction immédiate, mais succédante. Il élude simplement la Bataille d’Andrinople, qui ne se situe pas dans les luttes à l’encontre des « romains dissidents » (sens du récit).

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Je me demande combien de dizaines de campagnes de fouilles j’ai manqué sur l’Ile de la Cité pour ne pas savoir comment était l’architecture de la villa de Julien !!!! Plus sérieusement, ce genre de description confine au ridicule et ne repose sur rien d’autre que l’imagination romanesque de Deutsch.

Là encore, critique stérile. Il faut être un sérieux crétin pour ne pas remarquer la part de licence poétique. On ne voit pas en quoi cette description « confine au ridicule ».

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Les Gaulois sont en grande partie citoyens romain depuis plus de 300 ans. Ils le sont tous par édit depuis 150 ans. Mais ils n’ont pas la culture policée huhuhu. Intéressant : cette fois ci, contrairement à une des premières affirmations qui disait que les gaulois perdaient tous leurs dieux, Julien se retrouve face à des dieux inconnus des nobles romains o__o ? Deutsch ne s’est manifestement pas relu. Et ça se voit. La dernière phrase est délirante. On va promener Deutsch dans les thermes de Cluny pour lui donner du « barbare » ? On va lui remontrer le pilier des Nautes de ses beaux gallo-romains ? On va le lacher dans les arènes de Nimes ? On peut aussi l’emmener à Mandeure, à Argentomagus, au musée de Sens, etc.

  • La « rusticité des Gaulois et la rigueur de l’hiver » semblent librement inspirées du Misopogon[13]écrit par Julien lui-même : l’uniformité de la romanité défendue par Salviani vole en éclat. Julien évoque la présence à Lutèce des Celtes à « la grossièreté » marquée et rend évidente et le fossé culturel entre romains de Rome et romains de Gaule, et la conscience répandue, à cette époque, d’une Gaule certes romanisée mais ayant conservé une identité spécifique.
  • Encore une fois, c’est l’ensemble du corpus celte que la conquête romaine a éradiqué en effet ; dans ses propos précédents, Deutsch ne parle pas de disparition subite et le fait de mentionner ici quelque survivance culturelle n’est en rien contradictoire avec le constat que la civilisation gauloise a effectivement disparu.

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Attention on a le droit à une des plus graaaandes théories de Deutsch : Loewer, voulant dire « tour » en francique, désignerait la première tour de siège des Francs au nord de Paris, sur l’emplacement du Louvre ! Deutsch s’improvise linguiste dans une passade qui n’a rien de fondé et d’établi ni par les sources, ni par l’étymologie directe.

Par ailleurs l’existence de Mérovée n’est pas prouvée historiquement.

La théorie n’est pas de Deutsch mais d’Henri Sauval, historien du XVIIe siècle, reprise par Jacques Hillairet dans ses ouvrages, qui « rattache cette étymologie à la présence d’un camp fortifié établi par les Vikings pendant le siège de Paris près de l’église Saint-Germain-le-Rond (à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Germain-l’Auxerrois) »[14]. Deutsch ne s’improvise pas linguiste, il restitue une hypothèse parmi d’autres, lesquelles ne sont pas plus établies que celle retenue.

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Deutsch essaye de faire l’original, mais on dit plutôt Romulus Augustule, que Flavius Augustule (Qui s’appelle Romulus Flavius Augustule). Je chipote, mais ça confine à la fausse pédanterie.

De l’hôpital qui se fout magistralement de la charité. Confère le déroulé de notre inventaire. La critique vient du type qui reproche à Deutsch de ne pas avoir précisé que l’amphithéâtre était en réalité un théâtre-amphithéâtre…

38.png

Encore un procédé rhétorique fascinant :

1) Deutsch postule que Loewer = ancêtre etymologique de Louvre.

2) Il postule donc qu’une première tour d’époque franque existait

3) Il décide donc que cette première « tour » (mot générique) est installée à l’emplacement du « Louvre » futur, construit 700 ans plus tard. BADABOUM.

(Passsooooons encore une fois sur son délire d’opposition entre « mecs du nord » et « influence gallo-romaine » hein)

Ou, comment donner une fausse historicité à une hypothèse linguistique non prouvée. Well done.

Redisons-le, l’absence de preuve n’a pas force de nullité : ceux qui ont lu le Métronome ont été avertis d’emblée que l’auteur avait découvert l’Histoire par passion et que son récit prenait corps dans cette passion, et dans un esprit romanesque et herméneutique : « J’ai donc appris ainsi l’histoire de France et l’histoire de Paris. Parallèlement j’ai commencé à faire du théâtre, puis du cinéma. Je me suis rendu compte que, là aussi, je disposais d’une machine à remonter le temps… Tour à tour je me suis glissé dans la peau de La Fontaine, Fouquet, Mozart, Sartre, et d’une certaine manière l’Histoire est devenue mon métier, ou tout au moins je peux faire de l’Histoire avec mon métier. Enfant, je puisais mon inspiration dans l’histoire de France pour faire vivre des aventures trépidantes à mes soldats de plomb. Aujourd’hui rien n’a changé, l’Histoire reste le moteur de ma vie et de mes envies, elle est devenue pour moi un champ de fouilles, une matière sans cesse revisitée, une source d’énigmes, de contradictions, d’interrogations…[15] » Deutsch a ce qu’il manque à Salviani pour être un véritable historien : il a le sens du récit, de l’histoire. Il la ressent corps et âme et par-delà ses détails, il vise le sens et comprend la vacuité du fait en soi. Et son roman fait mouche à de nombreuses reprises pour cette raison, quand les critiques de Salviani s’effondrent chaque fois, pour la même raison.

Pour enfoncer le clou, à la page 80, Deutsch révèle au lecteur l’absence de preuve historique d’une loewer sous Clovis : « Certains vestiges sont parvenus jusqu’à nous. Certes, ils ne remontent pas à Clovis mais à Philippe Auguste, roi de France à la fin du XIIe siècle. »

On ne rebondira pas sur la remarque narquoise relative à l’inexistence supposée d’un « esprit du nord » contemporain d’une influence « gallo-romaine »… Sauf à rappeler à ce négationniste que la loi salique n’est en rien romaine !

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L’unité des états est un anachronisme qui confine à assimiler la monarchie franque à la France moderne du XVIe – XVIIe siècle en terme de prospective administrative et territoriale. On sait Deutsch royaliste et convaincu de la nécessaire continuité culturelle de Clovis à Louis XVI. Cette nouille est même pas capable de bien le cacher.

Et ce rouge de Salviani est bien incapable de réaliser que ses TOC trotskistes l’empêchent de penser convenablement. Aucun argument quant au caractère supposément anachronique de l’unité des états, on devine qu’il est encore dans le procès d’intention et, remarquons-le clairement, dans l’inversion accusatoire, puisque c’est lui qui fixe la notion d’état à celle de l’État moderne ! Car en réalité, l’édit de 614 se donne bien pour objectif de rétablir « la paix et la discipline » dans le royaume des francs, scindé en trois entités ou états : les royaumes de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne.

40

Les francs sont plus des barbares mais des mecs capables de faire un état centralisé solide au Ve siècle ? Et attention, il dit ça 2 pages avant d’évoquer les massacres de succession entre frères neveux cousins et oncles hein, c’est la cohérence faite homme. Un rapide tour chez les modernistes voire chez les contemporanéistes s’impose pour comprendre ce qu’est un état moderne centralisé.

Absurdus delirium, encore. Salviani se perd littéralement dans la somme de ses a priori : feu d’artifice. Quel rapport entre capacité de centralisation et identité barbare ? En quoi des « massacres de succession » entreraient-ils en contradiction avec la création «de « conditions nécessaires à l’avènement d’un pouvoir royal solide et centralisé » ? Comme évoqué précédemment, la mention des modernistes et des contemporoanéistes démontre au possible l’inversion accusatoire précédemment relevée : ce n’est pas Deutsch qui confond l’État moderne centralisé et les précédentes formes d’état, c’est Salviani qui, après s’être prétendu expert de la période antique, révèle que l’étude des périodes antérieures à la modernité passe toujours par celle-ci, comme pour formater les cervelles à l’anachronisme trotskiste anti-étatiste, au nom de la lutte contre le fassisme et les heures les plus sombres.

Voilà, on a environ 90 pages de Deutsch ici. Je n’ai pas compté le nombre d’erreurs et j’en ai zappées, notamment sur des passages lassants et vides d’intérêt (plus que ceux cités ici). Mes compétences diminuent avec le Moyen Age occidental, mais on y trouverait nécessairement des âneries. Liste non exhaustive :

– page 128 : Aucun historien ne fait état d’amours coupables entre Dagobert et Saint Eloi.

Pas plus que Deutsch qui, dans son encadré, évoquant les « amours supposés », réfère aux « insurgés » révolutionnaires à l’origine de la chansonnette… Lesquels, l’auteur le rappelle explicitement, « se moquaient bien de la vérité historique », corroborant l’allégation de Salviani ! On renvoie les lecteurs à cette page 128 du Métronome afin de constater le degré incommensurable de mauvaise foi fait ici à l’encontre de son auteur.

S’ensuit une série d’ « erreurs » page à page, que nous prendrons peut-être le temps d’analyser un jour. Mais achevant le travail fastidieux de contre-vérification d’un étudiant prétentieux, buté, idéologisé, méprisant, malhonnête et stupide, il est temps pour nous de retourner à notre quotidien et goûter d’un repos que nous méritons bien. On nous pardonnera ces attaques gratuites au final à l’encontre de ce freluquet, mais le temps que nous avons dû passer à tout revoir n’était lui-même pas rémunéré, malgré la peine. Le paradis d’un imbécile est l’enfer d’un homme sage, et l’on a eu vent que Salviani et la clique d’eunuques qui l’a suivie dans son travail de sape ont nui considérablement à Lorant Deutsch : puisse cette réponse un peu tardive permettre à ce dernier de jeter aux oubliettes l’obscurantisme fanatique d’apatrides pédants qui, croyant œuvrer contre la haine et l’orgueil, ne font que servir l’hégémonie du Capital. Un comble, quand cette tripotée de merdaillons se prétend de gauche !

On constate que sur les 40 objections et remarques de Salviani, pas une n’est en soi absolument pertinente et chacune d’elle amène à quelque réserve. Même si nos réponses et analyses sont encore à même d’appeler à quelque réponse, puisse cet article ramener la « horde » anti-Deutsch à un peu d’humilité : la critique est aisée, mais stérile lorsqu’elle se fonde sur des a priori et sur le sentiment diffus d’appartenir au camp des justes. Leur méthode est celle de ceux qui les effraie tant et auxquels n’appartient pas, semble-t-il, l’auteur du Métronome.

[1] A propos de Sand, nous étions passablement sévère à son encontre et nous tenons ici à modérer nos propos à son égard ou, du moins, à préciser notre position à son sujet. Si l’on conteste sa vision gellnerienne de l’identité israélienne, nous lui sommes gré de tenter de lutter contre la fiction identitaire sioniste, laquelle nous semble l’être effectivement, mais cette lutte l’amène à confondre hélas cette fiction avec l’identité juive qui, elle, nous apparaît comme une réalité intangible et antisioniste par essence. Sur cette question, on recommande l’excellent livre de Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah : Une histoire de l’opposition juive au sionisme, Ed. Les Presses de l’Université Laval, 2004.

[2] En fait, Zemmour a rencontré Deutsch plusieurs fois sur le plateau d’ONPC. Echanges cordiaux, certes, mais marqués par certaines divergences idéologiques et politiques majeures, notamment autour de la Révolution française et sur le royalisme. En aucun cas, au cours de ces échanges, Deutsch n’a servi la soupe à Zemmour.

[3] Au sens réel de ce terme, qui n’a rien à voir avec le racisme mais qui révèle la phobie du Xenos, de la civilisation, de l’identité historique d’un Peuple façonné dans l’Histoire. La gauche antinationaliste est absolument xénophobe et nie tout phénomène de construction historique d’une société, assimilant toute forme de reconnaissance de cette construction à une idéologie.

[4]Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien. Ed. Michel LAFON, 2009, p.11. Note à Salviani : quand on cite une source, il est aimable de mentionner la page. Ça facilite la vérification.

[5]http://www.crypte.paris.fr/sites/crypte/files/dossier_de_presse_les_grands_monuments_de_lutece_-_septembre_2009.pdf , p.5

[6] Id., p.12

[7]http://passerelles.bnf.fr/dossier/cathedrale_nd_paris_01.php

[8]https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89dit_de_Milan

[9]http://www.crypte.paris.fr/sites/crypte/files/dossier_de_presse_les_grands_monuments_de_lutece_-_septembre_2009.pdf , p.3, Communiqué de Presse.

[10]http://www.crypte.paris.fr/sites/crypte/files/dossier_de_presse_les_grands_monuments_de_lutece_-_septembre_2009.pdf, p.10

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Culte_imp%C3%A9rial_dans_la_Rome_antique

[12]https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_romain#L’%C3%A9poque_s%C3%A9v%C3%A9rienne_et_la_Crise_du_IIIe_si%C3%A8cle_(193-284)

[13]http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/julien/misopogon.htm : « Ainsi vivais-je chez les Celtes, comme le Bourru de Ménandre, me faisant à moi-même la vie dure. La grossièreté des Celtes n’y trouvait rien à redire. »

[14] Source Wikipédia, article Palais du Louvre.

[15]Métronome, p.10


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