Sur les Ordonnances macropénicaudiennes et l’étrange satisfecit d’un Secrétaire général

(Illustration: J.-C. M.: »Du calme, mes bons, on a trouvé un compromis! (…) Eh! (…) »)

Mu par un pragmatisme bienveillant, Jean-Claude Mailly sera le grand perdant dans la joute institutionnelle, en cours depuis près de dix ans, entre pouvoir patronal et autorité syndicale. Tous les autres représentants ont joué leur rôle: Mario-Martinez a été inflexible, Berger mène « avec déception » ses moutons à l’abattoir… Mais Mailly a joué contre son camp. L’approche de la fin de mandat, peut-être? L’avenir nous le dira. Il y avait une lutte à mener, qu’il avait auguré avec brio sous l’air de Valls, et soudain, le voilà poli, gentil, secret. Faisant mine de ne pas voir ce qui se trame. Content des miettes acquises. Arguant que rien n’est achevé, mais n’appelant pas à la grève.

Pourtant, ce que cachent les « ordonnances », par-delà une énième réforme du Code du travail, c’est avant tout la domination galopante du libéralisme en France et, parallèlement, l’affaissement de l’autorité syndicale: alors, quand un responsable syndical couche devant un tel projet, que doit-on penser? Vendu? Vaincu? Perdu?

Vers l’annihilation du tripartisme

L’État, pantin de l’hégémonie libérale depuis l’effondrement soviétique, a procédé en deux temps sous l’injonction de ses nouveaux maîtres – qui ne sont plus, comme en 46, l’indépendance républicaine et nationale ardemment défendue par un peuple et par des partis qui, au sortir de l’Occupation, s’étaient rappelés que les luttes intestines ne devaient pas prévaloir sur le respect de la souveraineté et du patriotisme –, l’idéologie panaméricaine et la construction bourgeoise européenne[1].

En premier lieu, de 1986 à 2009, en cédant, via actifs publics et par la réintégration du commandement intégré de l’OTAN, toutes les prérogatives fondamentales de l’exercice régalien à la société dite « privée » et à une pratique géopolitique assumée comme non-exclusive de l’intérêt national : transports, télécommunications, énergie, santé, armée, enseignement supérieur.

En second lieu, de 2002 (sommet de Barcelone) à 2017, entérinant cette cession par la contractualisation progressive, au nom de la subsidiarité, du transfert des prérogatives régaliennes à la société dite « privée » (en terminologie bourgeoise européenne, on parle plus volontiers de « marché intégré ») ; avec, à partir de la loi du 20 août 2008 portant « rénovation » (oh, le joli mot) de la démocratie sociale et réforme du temps de travail, le commencement de la destruction assumée de l’équilibre du pouvoir économique que le Conseil National de la Résistance avait tenté d’élaborer – certes déclinant depuis trente ans – entre État, syndicats et patronat(s).

Or, c’est le cœur de ces nouvelles ordonnances que de parachever l’affaiblissement de l’autorité syndicale, par le parachèvement de celui de la Branche, du consensus général et, plus généralement, de l’appauvrissement sémantique et idéologique du Code du travail qui finira, dans peu de temps, comme torche-cul entrepreneurial au nom d’un « dialogue social » écartant de l’essentiel du rapport de force entre Capital et citoyen – répartition des richesses entre production et opérations de captation, équilibre entre plus-value et développement collectif, domaines exclus des lois concurrentielles au nom du Service public et de la souveraineté nationale – ET les travailleurs, ET l’État, au nom d’une justice sociétale marginale (égalité femmes-hommes, handicap, etc.) que la Justice sociale promue par l’ancien Code était en mesure d’instituer sans mal.

Ce qu’a oublié Mailly en abandonnant la lutte intransigeante contre cette entreprise d’illicite légalisation – puisqu’elle dessert, au nom du Peuple français, des intérêts qui ne sont pas les siens –, c’est que la réforme du Code est la conséquence directe de la Crise en cours depuis dix ans : concéder l’ordonnance – qui pis est, après avoir tant lutté contre la réforme arbitraire –  , c’est dire que le Capital a raison lorsqu’il prétend qu’il n’est pas responsable de la déréliction économique du Monde et de la France, en particulier. C’est reculer de cent pas, au nom de « l’œuvre revendicative quotidienne » sur le projet de « l’émancipation intégrale » qui faisait vibrer les ouvriers derrière la Charte d’Amiens ; et qui, a priori, les fait encore vibrer. C’est collaborer à la responsabilisation du Code du travail dans la Crise.

Nous avons exprimé ailleurs notre position quant aux limites du syndicalisme[2], mais nous réaffirmons ici qu’il vaut mieux un monde où ce dernier est présent, plutôt que celui de la domination totale du Capital sur le sort des peuples. Quand Force Ouvrière se met à « négocier la longueur des chaînes », c’est qu’il y a un problème majeur : à quoi servira, dès lors, la CFDT ? En attendant, le « jaunisme » semble se répandre dans les rangs syndicaux, au grand bonheur des financeurs de l’éphèbe Macron et de son jumeau maléfique, le bossu boiteux Gattaz, fils de rien de père en fils. On a beau ne pas être un révolutionnaire dans l’âme, on a parfois envie de paraphraser le plus vieux politicien français encore en vie et de s’écrier, Place du Trône renversé : « Maximilien ! Au s’cours ! ». Jeanne semblant occupée…

[1] Les deux appareils étant clairement et ostensiblement liés, « comme cul et chemise », de Coudenhove-Kalergi à Macron en passant par Monnet, le passeur de valises entre New-York et Bruxelles.

[2] « Il n’est plus permis de parler de corps, depuis 1791, « il n’y a plus jurandes, ni corporations de professions, arts et métiers» ; on dira alors que chaque entreprise, serait en mesure de développer son syndicalisme et ceci devrait même être une nécessité ; qu’est-ce donc que cela, une Confédération Générale du Travail où se mêlent, indistinctement, des ouvriers, des bateleurs, des secrétaires, des agriculteurs, des journalistes ?  Débordement du militantisme ouvrier, aboutissant à la connivence entre l’exercice syndical et la domination libérale, qui engendre la dépersonnalisation de la valeur Travail. Tous les métiers soumis aux mêmes règles, un syndicalisme militant qui ne sait plus trop faire la différence entre un vendeur de chaussures et un employé de bureau : tous des travailleurs, voilà ce qui fonde le syndicat moderne. » (Où l’on parachève notre exposé en vue d’une claire vision du politique, en exposant la réalité de l’Empire)


Une réflexion sur “Sur les Ordonnances macropénicaudiennes et l’étrange satisfecit d’un Secrétaire général

  1. Bel article sensible et bien écrit. Votre style manque malgré tout d’un peu d’acide et de vitriole. Les sacs à merde que vous évoquez mérite bien les pires insultes de la langue de Molière. Continuez vos belles œuvres.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s