De La Belle Étoile à Roya Citoyenne : l’étrange fiction de l’héroïsme incivique

(Illustration: « Coucou, on arriiiiiive!« )

L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. On oublie cependant de rappeler qu’au royaume des enfers, il y a un administrateur en charge de la chaussée et qui passe sa commande de pavés : en d’autres termes, s’il y a des cons pour mettre le bazar, c’est parce qu’on les y encourage.

Dans le cadre de la défense des migrants, les zones frontières voient émerger des associations citoyennes, radicalement favorables à l’aide et à l’accueil des pèlerins, quand les gouvernements visent à contrôler l’afflux : il est intéressant, à ce sujet, de constater l’extrême concordance sociologique des militants qui œuvrèrent à Calais après la fermeture du centre de Sangatte en 2002 et ceux que l’on découvre aujourd’hui du côté de la Roya. On est très loin de l’image droitarde du punk à chien no border sans-papiériste trotsko-anarcho-inculte[1].

De braves gens

Côté Sangatte en 2002, la Belle Étoile prédominait : cette association fondée en 1994 par Véronique Desenclos était alors constituée de bénévoles qui étaient de braves gens du cru, généreux, au pire socialistes mais pour le moins éloignés de la politique. De même, il semble que la Roya Citoyenne soit constituée de membres du cru (dont, certes, Gilbert Cottalorda qui bosse pour la mairie, mais on ne sent pas vraiment une manip de parti), des locaux impliqués dans la vie de leur commune.

Qui leur jettera la pierre ? Ces femmes et ces hommes mettent les mains dans le cambouis et croisent dans le cadre de leur engagement des gars pas bien méchants, polis même, qui sont dans la merde et pour lesquels ils se sentent le devoir de faire quelque chose. Ces associatifs sont révélateurs d’une carence dans la prise en charge du phénomène migratoire contemporain, inédit dans son ampleur démographique et pour lequel, on le redit, les deux propositions d’illégalité radicale ou de liberté complète de circulation sont tout autant irréalistes.

Défaillance de l’État

Le contrôle et l’internement sont des réalités nécessaires et indispensables pour des raisons de sécurité, d’une part, mais également de respect des personnes : force est de reconnaître qu’on ne peut que difficilement concevoir que quelqu’un parte de chez lui pour des motifs futiles (il n’y a guère qu’en France que quelques crétins menacent de quitter leur pays parce qu’il y a trop de fachos ou parce que c’est de la merde… C’est autrement plus sérieux quand on met les voiles d’Erythrée ou de Syrie) et il convient à la France de pouvoir étudier les causes pour tenter, autant que faire se peut, de remédier à ces mouvements de misère contemporains[2]. Des associations ne devraient pas avoir à gérer l’accueil de ces gens et surtout, ce n’est pas en distribuant des repas et en se faisant les défenseurs de l’errance que l’on aide réellement.

Une partie de notre lectorat nationaliste sera sans doute déçu par notre position : et pourtant, ce n’est pas au nom de la seule charité que nous préconisons une prise en charge à ce point pharaonique, mais pour des motifs absolument politiques et dans le souci de la nation. D’aucuns le pressentent, les flux migratoires chaotiques sont devenus une arme majeure du capitalisme mondialisé pour mettre à bas l’autorité des états. Or, quand un adversaire vous jette un poignard, trois solutions s’offrent à vous : vous l’évitez, vous vous laissez planter, ou bien alors vous rattrapez l’arme en vol et vous en faites usage pour contre-attaquer.

Faux héros et vraie parade

Cette troisième méthode semble de loin la plus intelligente, et elle permettrait de court-circuiter la stratégie du Capital, qui oppose ainsi, au sein des territoires nationaux, une division regrettable entre « idiots utiles vivant au pays des bisounours » et « fascistes racistes » en propulsant au devant de la scène médiatique, par exemple, un sémillant « agriculteur » (élément de langage qui n’est pas anodin : la presse sait la sympathie générale des français pour leurs agriculteurs…) qui, via « son association » (qui techniquement n’est pas la sienne, puisque les statuts sont enregistrés au nom de Gilbert Cottalorda), « aide » héroïquement ces damnés de la terre qu’un État autoritaire et une populace mue par la haine voudraient chasser sans pitié[3]. Une solidarité humaine, certes un peu naïve, mais sincère, sert ainsi à discréditer l’autorité nationale, par le biais d’individus déplacés qui alimentent, malgré eux, un scandale apparemment inextinguible.

Ayant identifié la stratégie, il faut maintenant être en mesure de comprendre que la seule parade, c’est de mettre au rang des priorités nationales des filtres adéquats et dignes absorbant intelligemment cette stratégie de dispersion de masse. Cela demande beaucoup de place et d’argent, mais c’est autant nécessaire que tout le reste.

[1] On ne dit pas que ce dernier profil n’existe pas, mais il ne constitue pas le gros des gens qui œuvrent à la « défense des intérêts des citoyens du monde » (Statuts de l’association Roya Citoyenne modifiés le 24 mai 2016)…

[2] Voir ce que nous proposions dans notre article Racisme, immigration: pour une innovation radicale

[3] Monsieur Herrou a même eu les honneurs du New York Times, ce qui est assez révélateur lorsqu’on connaît les relations de cet organe de propagande avec Wall Street.


Une réflexion sur “De La Belle Étoile à Roya Citoyenne : l’étrange fiction de l’héroïsme incivique

  1. Bel article et belle leçon de savoir-vivre très cher Nilsleroy.
    Le 21 janvier approche et, dans son sillage, la pantalonnade démocrasseuse des socialopes de l’anti-France. Voilà de quoi vous inspirer pour un prochain article, rubrique pamphlet ce coup là !

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