Racisme, immigration: pour une innovation radicale

(Illustration: Dans les couilles)

A la vue du débat récent entre Soral et Conversano (car débat il y a eu, quoi qu’en dise), on doit ici rappeler ce que nous écrivions au sujet de la micropole :

« La micropole, c’est la preuve fondamentale invalidant le racisme rationnellement, pour autant qu’on prenne le temps de la définir comme socle des échelles suivantes. De même que la Personne vit dans la chair, ce socle s’inscrit dans la chair : ce n’est pas grave, ni dangereux, et ce n’est pas être raciste que  d’en convenir. Etre obnubilé par ce socle et ne point le compléter par cette vocation politique de l’Homme, telle que nous l’évoquons, voilà qui peut conduire au racisme ou à toute autre forme d’hépatomanie matérialiste. Mais pour compléter notre critique du culturel absolu, on doit évoquer le cas de gens brillants que l’on connaît, capables de sombrer en réaction dans le racisme, parce que leur raison se heurte à un déni patenté, inquisitorial, des causes génériques (celles que nous avons nommées « dans la chair » ou « par le sang »), motrices de l’ordre social. Dire avec l’Apôtre qu’ « il n’y a ni Juif, ni Grec », cela est vrai dans la mesure où l’on admet cette assertion comme fin, comme moteur eschatologique ; mais dire comme Jacquard qu’il n’y a ni noir, ni blanc, voilà une chose qui mérite un approfondissement dégageant une réflexion qui abhorre le rejet vaniteux et craintif des terminologies : les mots sont-ils magie, qu’il faille croire que ne plus les dire « conjurera le sort » ? »[1]

Conversano : divagations d’une diva

Faut-il ranger Conversano dans cette catégorie des « gens brillants », « capables de sombrer en réaction dans le racisme » ? L’avenir nous le dira, même si l’on craint qu’ici, nous soyons plutôt face à un crétin ou à un imposteur. Ni l’un ni l’autre ne nous surprendrait, tant l’exagération dans le discours et la faiblesse patente des a priori fondant ce dernier sont manifestes, ici comme en d’autres lieux où ce personnage a eu le loisir de s’exprimer.

Physiquement, oralement, il nous fait penser à un Nabe qui se serait laissé pousser la barbe. Très peu de technique oratoire, lui-même semble se sentir plus proche de l’ « artiste » que du penseur. Artiste, au sens moderne, c’est-à-dire agent du Spectacle, saltimbanque au pays de l’esprit ; il a beau avoir ses petits papiers devant lui, le fil est confus et l’attention n’est pas portée qu’au discours, mais au timbre, à l’éloquence. Les affirmations sont jetées mais les arguments ne suivent pas ou mal, on a l’impression d’entendre un jeune de seize ans enfermé dans un corps de trente. Conversano déblatère à propos de gens qu’il ne connaît pas, si ce n’est à travers le prisme des médias. Les « arabes », les « maghrébins » ou les « musulmans », c’est pour lui une seule et même chose ; Soral tente péniblement de lui faire entendre que la race en soi n’est pas un concept probant, surtout dans le cadre des sociétés nord-africaines. Lui est dans une vision « ethnico-culturelle », il ne confond pas le sort des « arabes » venus d’Algérie avec celui de ceux venus du Maroc ou du Liban. De même, il ne croit pas en un Islam essentialisé, unique, fatidique. Il a échangé avec des musulmans instruits, Imran Hossein, Yossef Hindi, Camel Bechikh. On a du lui parler beaucoup de Guénon dans son entourage.

Le fantasme de l’invasion

Conversano surfe sur une vague romantico-racialiste. Il est un défenseur du grand remplacement : les hordes musulmanes déferlant sur la France domineront bientôt, dominent déjà, par le nombre, et par le nombre islamiseront la France. On nage en plein délire. Non pas sur l’importance du nombre, mais sur l’éventualité d’une stratégie coordonnée des « arabes » visant l’instauration une domination politique et religieuse islamique en France. S’il y a un plan politique dans cette immigration massive, ce n’est pas celui de l’Islam ; point de Crémieux musulman sous Giscard pour instaurer le regroupement familial. Aucun conducteur de la politique migratoire de 1970 à ce jour n’est musulman. Et les mêmes qui autrefois soutenaient le bien-fondé de cette politique opèrent aujourd’hui un virage consternant, un peu aussi brave et héroïque que celui de tous ces dreyfusard qui, sentant le vent tourner, s’étaient convertis à l’antisémitisme aux abords des années 40[2]. Et jamais le nombre n’a donné la conduite politique d’un groupe : sinon, cela ferait lurette que l’Afrique serait émancipée de la domination des oligarques occidentaux. Sauf à croire, comme Conversano, que les noirs ont 70 de QI en moyenne et que cet aspect des choses explique cela, il y a lieu de penser le politique, non comme la conséquence du nombre, mais comme le principe de gouvernement qui agence le nombre à sa guise.

Or en France, si la consommation de kebabs a dû augmenter au cours de ces vingt dernières années, c’est encore le big mac qui se vend le mieux et les films Marvel qui font recette. Le rap passe devant le raï ; l’ultralibéralisme devant la charia. Aucune reconquista n’est en cours ; même cette idée saugrenue de vote musulman est à remettre en cause. Il y a des musulmans qui votent et d’autres qui ne votent pas. Et généralement, les musulmans qui votent ne votent pas selon les principes coraniques, mais en fonction de leur villégiature (c’est ainsi, d’ailleurs, qu’on donne corps à un « vote musulman ». on fait la somme des ghettos et on dit : L’Islam a voté !), de leur situation plus ou moins précaire. Facile de railler l’arabe qui vote socialiste, quand on oublie « le bruit et l’odeur », l’hostilité fréquente des autres partis à l’égard de l’Islam. Bien sûr que la gauche instrumentalise l’immigré, le migrant, l’étranger en toutes circonstances, mais rien en face n’a été en mesure de renverser cette dialectique insipide de la soi-disant générosité contre l’intolérance, de l’ouverture contre le sectarisme, de l’humanisme contre l’égoïsme nationaliste…

Mais alors, que faire ?

Une générosité antisocialiste consisterait dans une refonte radicale des conditions d’accueil des pèlerins venus d’ailleurs : appelons-les ainsi pour nous élever un peu au-dessus des conflits sémantiques. Le système des CRA (Centres de Rétention Administrative) est obsolète, en une décennie où les pérégrinations ont atteint des sommets : ces mouvements de population ne peuvent être jugulés par des mesures drastiques de fermeture. Sauf à exécuter tout ce qui bouge… De même, la « remigration » tant évoquée au cours du débat ne sera jamais qu’une tendance à la marge, imposée ou volontaire. Afin de renforcer les frontières, il faut saisir la nécessité présente d’une politique éminemment novatrice en termes de gestion pérégrine. Un lourd investissement serait à prévoir, dans l’élévation de cités transit qui absorberaient le nombre tout en permettant une étude optimale des causes de mouvement et une gestion vertueuse et humaine des individus en mouvement.

On parle bien de cités, et non plus de centres ou de camps : c’est la seule proposition qui convienne à l’ampleur du phénomène. Et la seule organisation qui permettrait, sans doute, de générer une économie propre au phénomène et qui ne pèserait pas sur le Trésor public. Les pèlerins seraient hébergés par quartiers, selon leurs origines ; on éviterait de mettre côte à côte des pèlerins qui ailleurs seraient en conflit. On accorderait un droit de cité plus ou moins long, au cours duquel on  prendrait le temps d’enquêter sérieusement sur les causes profondes de mouvement et sur les possibilités concrètes d’évolution à l’international pour régulation. L’accueil du nombre dans toute sa réalité deviendrait l’assurance légale d’une éventuelle ingérence, là où l’on finirait par réaliser qu’une conduite par trop oligarchique de certains pays expliquerait le départ massif des populations qu’ils sont censés défendre.

Quant aux « arabes » et autres « étrangers » aujourd’hui naturalisés, qu’on ne s’inquiète pas : que vienne le Régime Nouveau et l’on verra un peuple de France qu’aucune race ni religion ne seront en mesure de diviser.

[1] Voir post Où l’on redonne à la République ses lettres de noblesse.

[2] Sur le sujet, lire Les Dreyfusards sous l’Occupation de Simon Epstein et Un paradoxe français, Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance.


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