Amazing Grace

(Illustration: « bouuuuuuuuuuh! » Le Fantôme de Canterburry) / Dark USA flag, Piotr Krzeslak

La fébrilité ambiante, l’absence de légèreté en ce jour incroyable qui consacre l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique donnent raison à l’Ambassadeur de France, M. Gérard Araud, conspué par le Front National et par la dissidence française comme étant l’homme qui s’est « exprimé trop vite » en faisant remarquer que l’évènement consacrait « la fin du néolibéralisme ». Pourtant, ce constat semble beaucoup plus juste, politiquement, que celui des néolibéraux eux-mêmes qui, par voie de presse, résument la chose à cette sentence des Échos : « Raciste, populiste, phallocrate, arrogant et imprévisible : Donald Trump, le nouveau visage de l’Amérique »[1].

Personne n’est parfait

Point de on en ce jour mémorable[2] : je m’exprimerai non en termes ontologiques, mais à la première personne, car rien ne permet à l’instant T de cerner les limites du choix largement produit par le peuple américain. Cependant, je suis forcé de réagir et dire ici que ce choix est un profond soulagement. Si Hillary Clinton avait été élue, c’eut été un article en on : la Troisième Guerre Mondiale était inéluctable. Dans toutes ses composantes, l’Empire a œuvré des mois durant aux fins de porter cette dame au pouvoir, sollicité toutes ses forces corruptrices, flatté les plus bas instincts au travers des stratégies les plus viles consistant à essentialiser les participants par-delà la mesure du raisonnable. S’attachant à marteler chaque mot de travers, chaque posture, raillant le physique, le manque de savoir-être d’un homme qui a conquis le cœur d’une foule non par ses excès mais, justement, par l’incroyable sang-froid dont il a fait preuve malgré les pressions immenses de la « bonne réputation » réduite à néant par ses détracteurs.

La Troisième Guerre Mondiale était inéluctable car, d’une part, Mme Clinton nous la promettait, et d’autre part parce que tous ceux qui la voulaient bataillaient ferme à l’encontre d’un outsider, né dans le camp des Républicains et conspué par ce même camp. Cet homme a su convaincre par son sang-froid. Personne n’est parfait : si l’on est en accord avec cette proposition — et les électeurs de M. Trump semblent l’avoir bien saisi —, on doit reconnaître qu’en politique il n’est pas de noir et de blanc, de gentil et de méchant, de mal contre bien. Il n’y a pas de candidat parfaitement mauvais ou le contraire, c’est là le ridicule de la campagne qui s’est exercée contre cet homme et dans lequel les américains dans leur majorité n’ont pas sombré… Pour une fois !

Les vrais motifs du succès

Les néolibéraux, démocrates et républicains, se sont crus en 2001 : ils ont repris les mêmes poncifs, les mêmes grossièretés, tout en ignorant que quinze ans avaient passés, avec eux la Révolution numérique et la lassitude des américains quant à l’impérialisme délétère de leurs « élites ». En témoigne la grande majorité raflée par M. Trump : ce ne sont pas seulement les blancs, les hommes, les hétérosexuels qui ont voté pour lui. C’est un ensemble de gens qui sont las, comme le reste du monde, de quinze ans de terrorisme et d’arrogance. C’est un ensemble de cœurs fatigués par ces images de morts, de culpabilité croissante, de misère hypocritement justifiée par l’essentialisme libéral qui tenait l’Amérique pour symbole démocratique et qui, en parallèle, ridiculisait sans cesse la Constitution et le Peuple associé en le saignant autant qu’il saignait le reste du monde.

Ils ont sous-estimé Internet et l’impact d’une extension de la Presse par-delà ses frontières assimilées politiquement, ils ont refusé de voir que tout le monde, maintenant, pouvait entendre différents sons de cloche et que le modèle de propagande né au XIXe siècle et parachevé au XXe par Bernays devenait obsolète avec la Révolution pamphlétaire du numérique[3].       

« Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige. »

Cette élection « ouvre une période d’incertitude » (Hollande), vraiment. Il va falloir attendre de contempler la réaction du monde, par-delà les réflexes pavloviens émis de l’ancien monde, celui où les tyrans régnaient en maîtres. Ils n’ont d’ailleurs certainement pas dit leur dernier mot mais la distance prise par les peuples anglais et américain, à quelques mois d’écart, vis-à-vis des pentes que leurs gouvernements avaient pris depuis tant d’années, pourraient desserrer l’étau symbolique qui comprimait le monde et faire sauter l’image du cauchemar huntingtonien que l’on nommait « Le Choc des Civilisations » mais qui n’était, en fait, que ce mouvement que nous décrivions ailleurs d’ « un monde serrant les cuisses » devant l’avènement DES nations, du Kaïroi Ethnoi seul en passe de préserver nos fils et nos compagnes d’un égorgement révoltant[4]. Islam contre Chrétienté ? Non pas ! Mondialisme contre nationalisme véritable. Uniformité dominante contre diversité concrète, culturelle, sociale, efficiente.

L’Amérique a voté pour la paix : puisse le reste du monde y répondre favorablement et se remettre de toutes ces années de guerre. Je me réjouis de ce jour.

Pour la France

Si M. Trump ne meurt pas assassiné dans les prochains jours et s’il tient au moins le quart de ses promesses en termes de politique internationale, la France elle-même a l’occasion de reprendre son destin en mains. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Gramsci)… Il est normal d’avoir peur. Mais il est temps, pour tous les français, d’abandonner le « théâtre » et de considérer les choses avec plus de réalisme qu’on a coutume de les abreuver. J’ai de la peine pour ces amis qui ont de la peine et qui semblent se croire aux temps d’Hitler ou de Théron : nul n’est parfait, le politique passe par le réalisme. Nul Reichstag incendié, nul Traité de Versailles porteur d’humiliation, nulle haine à l’encontre des Mexicains ou des Musulmans… Et surtout, un large suffrage allant à l’encontre de toutes les manipulations (jusqu’à De Niro vitupérant à l’encontre d’un homme… S’il vous plaît !).

God Bless America.

[1] Push de l’honorable quotidien pour annoncer la publication de cet article tout en nuances : http://www.lesechos.fr/monde/elections-americaines/0211477393150-le-nouveau-visage-de-lamerique-2041606.php Les Échos ou étymologiquement, ce bruit provenant de parois qui n’est que l’imitation d’une voix originale…

[2] Cf. 1er article de ce blog sur la notion de on : https://leregimenouveau.com/2016/08/16/ou-lon-commence-par-demander-aux-francais-qui-auraient-pu-repondre-a-la-question-des-sous-marins-de-lever-le-doigt/ « On va parler de nombreuses choses dans nos études; revenir sur un ensemble de mythes fondateurs et propagateurs de la Confrérie des Imbéciles, et l’on tentera de laisser entrevoir ce qui pourrait sauver la Nation, sans doute. On va tenter de faire voir ce que pourrait être le Régime Nouveau ; « on » qui, contrairement à ce que d’aucuns ont pu enseigner, n’est pas un con, mais « hom », qui signifie Homme. »

[3] https://leregimenouveau.com/2016/11/04/raptor-dissident-ou-la-revolution-pamphletaire-2-0/

[4] Sur l’idée de Nation : https://leregimenouveau.com/2016/08/17/ou-lon-doit-rappeler-que-lidee-nation-ne-vaut-que-si-loutil-existe/


3 réflexions sur “Amazing Grace

  1. Plus qu’à une victoire pleine de panache, nous assistons là à une véritable défaillance, que dis-je, une véritable faillite de l’appareil de propagande médiatique aux ordres des pouvoirs d’argent apatrides. Comme vous le soulignez fort bien, tous ces vieux hiboux néoconservateurs n’ont pas encore bien pesé le poids de l’internet aujourd’hui. Malheureusement il est clair que nous allons devoir subir dans un avenir proche toujours plus de censure et d’interdits sur ce média, une censure qui sera, bien sûr, appliquée au nom de la « liberté », de la « démocratie », et des « valeurs de la république ».

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