Le Raptor Dissident ou la révolution pamphlétaire 2.0

(Illustration: Bloy félicite le Raptor dans sa lutte contre les tièdes)

« Il est toujours merveilleux dans le cours de l’histoire de voir le génie d’un individu communier avec le génie de l’heure, un homme comprendre le désir de son époque »

Stefan Zweig, Magellan

Avec le Raptor Dissident, on a eu le loisir de découvrir un univers que les plus de vingt ans ne doivent pas connaître, l’univers des bloggeurs sur Youtube que l’on croyait réduit à un cénacle de bonshommes potaches attardés dispensant leur savoir à des hordes d’ados incultes. Et un jour, une de connaissance nous a fait suivre un clip pas piqué des vers, décalé, incisif, sur le mouvement Nuit Debout[1]. A coup sûr, cela ressemblait à du Papacito[2] en version animée. Une violence verbale et conceptuelle outrancière, un amour prononcé à être détesté (et pour ce faire, usant de toutes les pires provocations) et par-dessus tout, un humour ravageur mettant à mal toute forme de pudeur intellectuelle.

On a aimé. On a tout de suite compris que l’idée de fond, c’était la remise en cause intégrale de la fabrication du consentement dans ses ramifications sociales et sociétales, hors médias professionnels pourrait-on dire, dénonçant le caractère policé des discours qui tendaient de plus en plus à appeler un chat un animal à quatre pattes méritant le respect et un chien un animal à quatre pattes méritant le respect. Ce qui est assurément vrai dans les deux cas, mais ce qui rend la compréhension du monde un peu moins subtile.

De prime abord

Le Raptor a donc intégré le cénacle des youtubeurs et s’est rapidement fait un nom. Jusqu’à récemment, tout allait à peu près bien, jusqu’à ce que des vidéos se mettent à pleuvoir sur son compte, pour des raisons qu’il serait fastidieux de relater ici[3] : dans une quasi-unanimité, on a commencé à se demander s’il n’était pas un extrémiste de droite et si ses vidéos n’étaient pas un danger pour le peuple, en particulier pour la jeune génération des followers, instillant la haine dans le cœur des enfants à l’encontre d’autrui…

Le débat n’est pas achevé, mais on passe à côté de l’essentiel.

En réalité

L’œuvre du Raptor Dissident dépasse amplement le cadre du discours politique : c’est une révolution de forme. Il est le premier à porter le rythme de la vidéo à un seuil de complexité associant vitesse du discours produit, degré multiple de lecture (photomontages associés à des titres, des extraits de texte, des onomatopées verbales, écrites, références « orales » à des expressions populaires de l’univers du net), rupture de rythme, dans un cadre à la fois propre (extrêmement construit) et sale (raillerie suprême de la vidéo « pro » visée apparemment par les grands bloggeurs, à l’instar de Mathieu Sommet dont chaque vidéo fait songer à une émission de chaîne de jeux vidéos : le Raptor quant à lui bâcle ses photomontages, mélange les formats vidéo, laisse le micro saturer, articule quand il a le temps…).

Le Raptor interpelle toute une sociologie et tout un système de récupération de la critique individuelle augurée par la Révolution numérique qui a, on ne s’en rend pas assez compte, autant de poids que celle de l’Imprimerie. Et qui est en train de se faire racheter plus vite que les ploutocrates ne l’ont fait pour la presse et le monde de l’écriture en général.

Pamphlet et blog

En France, de 1789 à 1800, on passe de quelques publications à environ 1350 journaux. La presse est née, comme mode de pouvoir : agent d’influence à destination des populations que ne peuvent contenir ni le droit, ni la force. Les écrits se répandent et les individus commencent à se lâcher sur l’ordre établi, le pouvoir et aussi, les modes et formes de rédaction du discours. Chacun qui a une bonne plume peut diffuser son discours plus loin que ses proches et inspirer des foules. Et dans cet univers contestataire, le pamphlet fait figure d’étendard : étymologiquement, le pamphlet, c’est une petite feuille. Plus économique qu’un journal ou un livre, il est un format brutal, concis, qui comprime le discours afin de prendre le moins de place possible.

En extension et par effet d’usage, le pamphlet est devenu un genre littéraire, caractérisé par l’outrance des propos de l’agressivité du ton.

Bloy et Raptor

Le Raptor est formellement le premier pamphlétaire audiovisuel issu de la révolution numérique que l’on connait. Il nous fait fortement songer à Léon Bloy qui, en son temps, terrifiait tout le gratin littéraire par sa virulence et son détestable caractère, le tout conjugué à un talent exceptionnel que ses plus grand adversaires, Huysmans et la bande, n’ont jamais pu contester. Voici ce qu’on avait dit un jour à Léon Bloy : « Il n’y a rien à faire avec vous. Vous marchez dans l’absolu ». Ce à quoi le Mendiant Ingrat avait rétorqué : « Dans quoi voulez-vous donc que je marche ?! [4]»

Dans la forme, le Raptor, c’est le Bloy de la « communauté » Youtube : il part en chasse des tièdes, non par désir politique subversif, mais parce qu’il sent de manière viscérale l’embourgeoisement (au sens bloysien) de la production audiovisuelle nominative permise par l’expansion terrible du net (en nombre d’usagers comme en possibilités d’être consulté : ordinateur, portable, etc.). Il reprend tout le vocabulaire idiomatique de ce terrain-ci et hurle avec, en un style beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, de sorte que les jeunes et les moins jeunes qui y sont enfermés reviennent à la réflexion la plus sommaire et cessent de se laisser influencer passivement par un mode léché et uniforme de représentation du monde.

Ce n’est pas « la droite », ni « l’extrême droite » qu’il introduit dans l’échiquier : c’est bel et bien la première critique achevée de la neutralisation du discours et de l’intelligence individuelle dans l’univers Youtube. Dissident, non parce que soralien, mais parce que contempteur absolu des barrières insupportables, tant dans la forme que dans le fond, de cette Révolution de l’expression qui s’apprêtait à ronronner et n’être plus qu’un vivier pour l’empire cathodique, propriété de l’oligarchie.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=n_yn2VrwMtc

[2] http://fdpdelamode.com/

[3] Pour qui n’en sait rien, le point de départ ici : https://www.youtube.com/watch?v=BfGJ4_OOphY . Après visionnage on regarde les pastilles à gauche et on ouvre toutes celles en relation avec l’affaire

[4] Quelque part dans l’un de ses Journaux, dont on conseille vivement la lecture.


3 réflexions sur “Le Raptor Dissident ou la révolution pamphlétaire 2.0

  1. Sacré Raptor Dissident, il me fait bien marrer. Il a un bon style après tout. Bizarre que le résidus d’excrément catalan qui nous sert de premier sinistre et sa police de la pensée n’aient pas encore crié à « l’homophobie » et à « l’incitation à la héééne » pour le faire taire à tout jamais après l’avoir délesté de quelques milliers d’euros via les tribunaux aux ordres du régime.

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