Ce que révèlent les primaires

(Illustration: dans le 1er Street Fighter, il n’y avait que deux personnages de base…)

A y regarder sérieusement c’est-à-dire froidement, les primaires des républicains sont révélatrices de la partie d’échecs que jouent les libéraux atlantistes au sein de la colonie française. Une démocratie libérale ne se fonde pas sur la souveraineté populaire, mais sur la responsabilisation électorale : elle entend dominer le peuple par l’illusion du choix et l’incitation participative, non aux affaires proprement politiques, mais à la désignation des acteurs, kapos de l’Empire américain en charge de perpétrer la domination culturelle, économique et sociale de la France et des pays dits européens.

Dessous de l’échiquier

Avant d’aborder la mascarade, attachons-nous à l’essentiel et ayons une vision macropolitique de la situation mondiale en 2016. Il y a une guerre entre la Russie et les États-Unis. C’est une guerre qui remonte à 1945, qu’on a qualifié de froide jusqu’à la perestroïka (1985-1991), plus discrète par la suite, jusqu’à l’accession de Vladimir Poutine à la présidence de la fédération de Russie en 2000 et reprenant sa virulence à partir de là.

Au cœur de cette guerre : le libéralisme, cet ordre ploutocratique qui entend soumettre toute constitution politique au but premier de défendre cet ordre. Ce qui fonde le libéralisme, c’est le principe de dette : il domine les constitutions en ce que les gouvernements qui en émanent doivent à celui-ci quelque chose. On réduit généralement cette dette à sa fondamentale concrète, contractuelle et légale, la dette financière des États vis-à-vis d’institutions financières non-étatiques, mais cela va plus loin.

Les ploutocrates croient de manière plus fondamentale, principielle, que les gouvernements leur doivent tout. Qu’ils sont les acteurs réels de la politique. Que les gouvernants ne sont là que pour le symbole, pur vestige d’un monde préploutocratique. On le dit clairement : le libéralisme est un fait politique, pas économique. Les ploutocrates ont bâti une Cour internationale[1] qui domine, non par l’argent comme on le prétend trop souvent, mais par l’illusion intégrale de la dette des peuples vis-à-vis de leur condition propre, vis-à-vis de leur autorité et de leur puissance.

Exemple parmi d’autres : le REMIT[2] en Europe impose aux États membres une déréglementation des secteurs liés à l’énergie, incombant aux gouvernements la mise en application de règles dont le contrôle échoit à une agence de contrôle financier qui ne surveille que d’éventuelles « manipulations de marché », mais autorisant toute forme de manipulation sociale et structurelle. Les entreprises énergétiques sont habilitées à diminuer les coûts de production via des plans sociaux, confiner les nouveaux métiers dans des structures diminuées propres au dumping, limiter l’investissement dans l’innovation ou les infrastructures et privilégier l’achat de gros…

Cet exemple par trop concret et que d’autres accords de type européen ou transnational (CETA, TTIP) sont en mesure de corroborer démontre le caractère politique subversif de l’économie libérale : ici, les États signent une dette à l’égard des marchés qui n’est pas pécuniaire.

L’émancipation de la Russie vis-à-vis des ploutocrates n’est pas financière à proprement parler : comme souvent évoqué, elle demeure dans les structures économiques internationales. Par contre, elle est effectivement sortie du giron libéral à l’aube de l’an 2000. Elle mène depuis lors une politique affranchie de la dette, suivant administrativement les intérêts du peuple et de la Fédération de Russie.

C’est ce qui explique la Conquête du Moyen-Orient par l’armée américaine depuis 2001 et la déstabilisation des frontières euro-russes entamée depuis 2004 : contrairement aux raisons généralement évoquées (lutte pour le pétrole, contre le terrorisme, contre la dictature…), la guerre de l’Amérique contre la Russie, du libéralisme contre le nationalisme[3], est la raison la plus probable objectivement de ces mouvements.

Les élections en France

Force est de constater que dans cette guerre, la France a quitté depuis lurette le giron des non-alignés… Ceci depuis les années 70, avec une intensification de l’empreinte du libéralisme à partir de 1980 (International Visitor Programs sous Reagan[4]) puis sa consécration avec la Chute du Mur et Maastricht. D’un côté comme de l’autre à l’Assemblée, pas un seul parti ne s’oppose au libéralisme ontologique, en dépit des apparences. Et pour le coup, c’est le mythe gauche-droite qui prend du plomb dans l’aile… Si tout le monde est libéral, quel dualisme pouvons-nous proposer en vue de maintenir l’incitation participative ?

C’est suivant le projet mondial de conquête que l’appareil en place a trouvé sa dichotomie efficiente : autour de « l’identité nationale », les partis s’organisent et proposent deux logiciels. A gauche, la révolution sociétale ; à droite, la révolution nationale. Les parents pauvres du socialisme et du nationalisme de la République d’avant l’invasion libérale.

Primaires des républicains : les pièces de l’échiquier

Mais cela n’y suffit pas. Les grands mouvements d’antan sont morts. La société française s’est disloquée en groupuscules qui suivent la marche du libéralisme.  Plus de macropole, tout le monde est réparti en des micropoles plus ou moins réalistes ; parfois même en des zones hybrides, un peu monstrueuses, mélange de protopole[5], de religieux, de politique, d’engagement professionnel ; musulman des quartiers, catholique de paroisse, juif à la fois d’ici et là-bas, syndicaliste laïcard, homo militant LGBT, vegan socialiste, intermittent antiflic… Générant une complexification des cibles électorales que l’on parvient encore, tant bien que mal, à regrouper dans les grands appareils sociétaliste et national, tout de même.

Mais dans un tel cadre, il faut intensifier la mise en scène : d’où la stratégie des primaires.

L’entonnoir dramatique

Comme dans une bonne série américaine (ou comme dans un jeu de baston), il faut maintenant faire précéder l’élection générale et singulière d’un pré-choix multiple, avec des personnalités créées de toute pièce et vouées in fine à appeler au vote du « gagnant » des primaires. Pour la « droite », rameuter suffisamment d’abstentionnistes pour compenser ceux qui sont partis plus à droite (et généralement, ceux-là font rarement demi-tour… Et nos politiciens le savent. Contrairement à ce qui est dit généralement, personne ne cherche à « jouer le jeu du FN » ou à racoler son électorat). Les seuls non visés sont les syndicalistes et les fonctionnaires, inaccessibles au discours polyphonique produit. Et qui, étant plus propices au baratin sociétaliste, «appartiennent» à la gauche et sont donc traités en adversaires dans les discours de campagne.

Les sorties récentes du candidat Poisson sur le lobbying de certains, l’avortement, l’euthanasie, celles de Sarkozy et notre ancêtre Astérix[6], l’insipide boboïsme de NKM : tout ceci constitue en effet une stratégie de parti, et non une série d’opinions d’hommes et de femmes à l’interne du parti. On verra que tous appelleront à voter pour le godfather au final, ce dernier étant déjà établi.

Tableau récapitulatif de la stratégie et résultats probables :

primaires

Avec les intentions de vote pour le candidat Juppé, on peut prédire une bonne victoire à la droite.

Pronostics présidentielles 2016

C’est d’ailleurs un fait auquel la gauche est préparée (voir les récents propos de Ségolène Royal). Il est même envisageable de songer à une élimination dès le premier tour en fonction du degré d’abstention (qui devrait être plus important que lors de la précédente élection). Le jeu consistera à justifier la défaite en arguant le caractère « divisé » de la gauche, comme chaque fois.

Et le Front National, pourquoi pas ? D’une part, parce que son électorat est beaucoup plus bas qu’on ne le présente généralement et d’autre part, parce que la matrice qu’il constitue aujourd’hui est par trop antilibérale pour inspirer le nombre suffisant de suffrages en une terre vérolée par le libéralisme. Il n’est pas besoin de connaître grand-chose pour sentir qu’en cas de passage, les 10 plaies d’Egypte se répandraient en France jusqu’à la chute du régime car, contrairement à l’Angleterre, la patrie des Droits de l’Homme est le cœur de l’Europe libérale, sa fondatrice, plus encore que l’Allemagne qui domine du seul point de vue économique ce bastion des ploutocrates aux frontières de Russie. C’est la même pour Mélenchon, plus dans l’ère du temps et dont les résultats devraient être plus probants cette fois-ci.

Et puis, le racisme, c’est mal.

[1] Pour une définition de la Cour, cf. https://leregimenouveau.com/2016/08/17/ou-lon-paracheve-notre-expose-en-vue-dune-claire-vision-du-politique-en-exposant-la-realite-de-lempire/ :

[2] http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32011R1227

[3] S’agissant du nationalisme, cf. https://leregimenouveau.com/2016/08/17/ou-lon-doit-rappeler-que-lidee-nation-ne-vaut-que-si-loutil-existe/

[4] « L’International Visitor Program, dès sa création en 1982, a pour but d’influencer favorablement les élites et les leaders d’opinion à l’étranger et plus particulièrement en Europe, de restaurer l’image du leadership américain malmené par les crises successives, la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate. L’IVP s’inscrit alors dans une stratégie très élaborée mise en oeuvre par la Maison-Blanche et le Conseil de sécurité national (NSC) pour faire de la diplomatie publique un atout incontournable au service des intérêts américains. Durant les années 1980, ce sont entre 4 500 et 5 000 personnes venues du monde entier qui participent à l’International Visitors Program. Ces personnes bénéficient d’un séjour de quatre à cinq semaines aux États-Unis pour rencontrer et établir des liens professionnels durables avec leurs homologues américains et se familiariser directement avec la société et les institutions américaines. Parmi les anciens lauréats de ce programme d’échanges, on compte plus de 200 leaders politiques et économiques considérés comme ayant une influence importante dans leur pays d’origine » M. Quessard-Salvaing, Les échanges culturels gouvernementaux et les réseaux d’influence de l’Amérique reaganienne en Europe : du Young Leader Program à l’International Visitors Program, 1982-1989, sur http://www.ihedn.fr/

[5] Sur les notions de protopoles, micropoles et macropoles, cf. https://leregimenouveau.com/2016/08/16/ou-lon-redonne-a-la-republique-ses-lettres-de-noblesse/

[6] Le même qui, six mois auparavant, désavouait sa copine Morano pour sa fausse sortie de route racialiste…


Une réflexion sur “Ce que révèlent les primaires

  1. Excellente analyse Monsieur Nilsleroy. Très très bon le tableau récapitulatif avec pour maitre de chasse Ali Boubakker Juppé. J’ai ri ! Vous auriez pu lui consacrer une case avec dans la colonne cible « salafistes, jihadistes, wahabbites ». Continuez ainsi en tout cas !

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