Où l’on redonne à la République ses lettres de noblesse

(Photographie: l’homme de Tchernobyl)

« Erat autem terra labii unius, et sermonum eorumdem » (Gn, XI, 1)

La classification sextuple des constitutions par Polybe fait ressortir trois formes de régimes où l’autorité s’incarne soit dans la Personne (monarchie-tyrannie), soit dans l’indéfinité numérale (démocratie-ochlocratie), soit dans l’une des micropoles de Polis (aristocratie-oligarchie) ; la Polis étant, nous l’avons vu, la fin du politique, qui est le projet d’unité sociale maximale tendant à ordonner le genre humain dans son indéfinité numérique (voir nos précédents posts).

Polybe a énoncé une classification sextuple, mais pour laquelle nous avons préalablement indiqué qu’elle se fondait sur trois principes, marquant la correspondance analogique de la Polis et de la Personne. Dans une relation – et c’est un fait qui dépasse le cadre particulier –, il y a toujours trois entités ou essences : l’entité motrice, l’entité relative et le sujet de relation. Ce troisième point est généralement le plus complexe à saisir, dans la mesure où il n’a point d’image propre, a contrario des deux autres.

Polis et génération

Par-delà la théorie, on doit aussi prendre en compte le mode spécifique de développement du genre humain, mode régenté, par définition, par le principe de génération. Si trois constitutions existent et si la réalité enjoint à les affirmer nécessaires toutes les trois en permanence, il convient de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’une d’entre elles écrase ou tente d’écraser les autres absolument, à certaines périodes de l’Histoire.

Confère le schéma suivant :

illustration 1

Il met en rapport le ternaire constitutionnel et la constante existentielle de n’importe quel homme. Nous devons ici inviter les lecteurs à penser, non dans l’ordre des successions, mais dans celui d’une expansion. On peut toujours laisser entrevoir catégoriquement chaque palier que nous évoquons, mais de grâce, que l’on se garde de faire de cet exposé un système anthropologique monolithique, par lequel on pourrait à coup sûr identifier une société et la ranger à son niveau. Ici comme souvent, la théorie doit s’enjoindre d’une souplesse mentale déterminée par l’intelligence propre à l’analyse casuistique. Nous empruntons au grec et au latin nos terminologies ; hé, quoi ! Nous parlons français, qui vient du latin, qui revendiquait son héritage hellénique. Si nous avions l’honneur d’être lu par un Hébreu, par un Chinois, par un Indien ou par n’importe quel lecteur qui ne serait pas de cet héritage, qu’il ne nous fasse pas l’offense de présumer une forme d’« hellenocentrisme » ; nous lui prions de chercher et de donner les équivalents dans le sien. Il ne s’agit pas d’une échelle historique ou chronologique ; il n’y a pas la famille, puis la micropole, puis le reste. Il y a l’un dans l’autre et dans le cadre expansif de l’indéfinité numérique, l’analogie organisatrice qui reproduit ne varietur la Personne en fonction du développement générique de l’Homme.

Première marche: la famille

On a déjà défini le cadre social comme étant le fait pluripersonnel ; le plus resserré de ces cadres est celui de la famille. Il n’est pas toujours un paradis, il n’est pas toujours le fait du sang, mais il est l’axe de rencontre entre la Personne et l’expérience sociale ; la « familia », c’est l’ensemble des familiers, ceux que l’on connaît sans avoir eu la nécessité d’être présentés. On les connaît, c’est tout ; ce peut être une Sainte Famille, père et mère aimants, oncles et tantes généreux et grands-parents affectueux. Ce peut être également « le père » qui boit et qui tape sur « la mère », les affreuses belles-sœurs qui vous font laver la cheminée. Ce peut être encore une louve ou une catin qui vous donnent le lait, ou bien le professeur Itard qui vous nomme Victor après vous avoir ramassé dans la forêt : la famille n’est pas bonne en soi, mais elle existe, inéluctablement. Au cœur de l’âme humaine, il y a le fondement empathique : sur ce fondement naissent les saints comme les larrons[1].

Les cadres traditionnels tendent généralement à identifier la réalité naturelle de la Personne, étant ici entendu comme naturel tout ce qui naît, avec l’environnement protosocial ou familial, considérant le principe de génération comme un signe, une révélation de la Personne au genre, et vice versa. Cette vision, de fait, nous apparaît comme raisonnable ; après, que l’on veuille définir un cadre hors des traditions et déterminer la famille, non comme un signe, mais comme un accident, peu importe. On ne naît pas raisonnable quand on est homme et si on le devient c’est toujours, en définitive, grâce – ou à cause de – la famille. Et sauf accident, la famille est pour une grande majorité de naissants un corps de gens fondés par le sang ; le reste, l’accident, ne peut être réellement défini comme famille que par analogie à cette ens natura qui constitue la première unité sociale, pour le meilleur et pour le pire. Que l’on veuille « sauter la marche » par antitraditionnalisme et l’on dégringole dans la fiction intellectuelle conduisant, cela s’est vu, à la déshérence de la Personne qui subit soit le joug de l’individualisme, soit cet autre joug de la dépersonnalisation où l’individu, « défamiliarisé », ne connaît de la Personne, en soi comme en autrui, que ce que les « marches » suivantes ont été en mesure de déterminer en fonction.

Deuxième marche: la micropole

D’un ensemble réuni de familles naît la micropole ; le clan, la tribu, la caste ou la moderne « classe sociale » sont les reflets casuistiques, réels ou au moins conscients, de ce deuxième degré de société. La micropole réunit un ensemble de familles au sein d’une détermination conjointe, et constitue l’identification analogique de la famille et de la Personne. C’est, partant, le xenos Grec, revenu à la mode idéologiquement pour contrecarrer l’idéologie raciste ; d’ailleurs, on ne doit plus dire racisme, mais xénophobie. Honorable substitution que nous concéderions sans répartie si, d’un extrême à un autre, on était pas passé de la réduction du xenos au mythe raciste, à cet autre du même au mythe du culturel absolu.

La question est délicate, on en convient, mais l’entretien de ce genre de théorie – en garde-fou d’autres plus insensées – ramène la réflexion au niveau des conclusions éristiques qui, comparativement aux sophismes racistes, ne vaut guère mieux sur le plan de la logique et ne pourra faire barrage qu’un temps[2]. L’erreur du racisme ne consiste pas tant dans la considération du sang comme fondement de l’ethnos, mais dans l’identification totale du xenos à l’ethnos, et du xenos lui-même au sang. On peut bien remplacer le mot race par celui de phénotype, on ne mettra certainement pas l’erreur à bas pour autant et à force de déconsidérer la réfutation du racisme par la voie dialectique, on risque bien de faire passer celui-ci pour une théorie logique qu’il n’est pas possible de contredire, que l’on peut juste interdire.

La micropole est en soi la manifestation concrète d’un état fondé sur le natus, le fait de la naissance, mais qui l’ordonne à terme selon le laos Grec qui, quoique fondé par le sang, enjoint à penser logiquement l’Humanité par-delà sa fondamentale générique. La micropole, c’est la preuve fondamentale invalidant le racisme rationnellement, pour autant qu’on prenne le temps de la définir comme socle des échelles suivantes.

Racisme et société

De même que la Personne vit dans la chair, ce socle s’inscrit dans la chair : ce n’est pas grave, ni dangereux, et ce n’est pas être raciste que  d’en convenir. Etre obnubilé par ce socle et ne point le compléter par cette vocation politique de l’Homme, telle que nous l’évoquons, voilà qui peut conduire au racisme ou à toute autre forme d’hépatomanie matérialiste. Mais pour compléter notre critique du culturel absolu, on doit évoquer le cas de gens brillants que l’on connaît, capables de sombrer en réaction dans le racisme, parce que leur raison se heurte à un déni patenté, inquisitorial, des causes génériques (celles que nous avons nommées « dans la chair » ou « par le sang »), motrices de l’ordre social. Dire avec l’Apôtre qu’ « il n’y a ni Juif, ni Grec », cela est vrai dans la mesure où l’on admet cette assertion comme fin, comme moteur eschatologique ; mais dire comme Jacquard qu’il n’y a ni noir, ni blanc, voilà une chose qui mérite un approfondissement dégageant une réflexion qui abhorre le rejet vaniteux et craintif des terminologies : les mots sont-ils magie, qu’il faille croire que ne plus les dire « conjurera le sort » ?

Tant de peur et si peu de raison. On a si peur d’Hitler qu’on a besoin d’en référer au cœur des molécules ; ceux qui ont attendu la génétique pour attester de l’unité du genre humain sont des imbéciles, d’autant plus quand ils se sont mis à nier en conséquence ce qui est visible par tous, la multitude des races… Que les oreilles d’autruches veuillent bien nous pardonner, la multitude des phénotypes. Sauf que même en-deçà des apparences – et sur un plan plus vital que le mortifère ADN –, on est convenu d’admettre que cette multitude s’inscrit aussi dans une différence d’ordre métabolique dont la pharmacologie tient encore compte, forcée qu’elle est de par sa mission thérapeutique, d’œuvrer outre les idées reçues et les timorées philosophiques : on ne soigne pas toujours avec les mêmes traitements un noir et un blanc, pour des raisons qui ne sont pas de l’ordre de la « ségrégation ». Pour autant, cette perspective n’atteste en rien d’une supériorité du blanc ou du noir.

Prétendre qu’il y a eu, de façon plus générale, des sociétés dans l’Histoire qui furent seulement fondées sur la race uniquement, est un mensonge que l’on se doit de récuser sans complexe sans pour autant infirmer le fait qu’il y a eu, et qu’il y a encore, des civilisations où la race tient un rôle prédominant, et que l’on dût pour autant les déclarer comme étant des civilisations racistes objectivement. La Chine et généralement les civilisations orientales sont souvent analysées a priori de cette manière par les sycophantes de la Confrérie des Imbéciles. Mais abandonner le mot race parce qu’il y a eu le racisme, est d’une absurdité égale à la volonté d’abandonner le mot liberté parce qu’il y aurait eu le libéralisme.

Le fil d’Ariane se déroule, et l’on en vient au point où de nouveau, lecteurs, on priera de garder patience pour ce sujet-là aussi ; sujet délicat, s’il en est, que nous aborderons plus complètement dans un article ultérieur.

Retenons pour l’instant que la micropole, comme extension de la protopole, est un développement social qui fonde le moyeu intégrant la Personne en une entité numérique, dont la règle n’est point seulement fondée sur l’identitarisme empathique, comme celle de la famille. Ici intervient, pour la première fois, la notion d’Art où la Personne existe au sein de l’unité micropolitique au travers de son agir propre, régenté par un environnement déterminant les nécessités intrinsèques du groupe social constitué, de sa survie mais aussi, et surtout, de son unité manifestée.

L’organisation micropolitique ne se fonde donc point seulement, à l’instar de la Ville, sur une matrice coercitive qui imposerait à chacun sa fonction en vue de la perpétuation du groupe social ; ce que l’on a nommé le Laos, est un appel d’en-haut, une vocation générale, une dynamique qui inspire l’indéfinité numérale et la projette en Polis. Fondée par le natus, on ne saurait pourtant identifier la micropole à ce seul fait ; elle vit par l’Art, elle est l’Art.

Vous avez dit « Art »?

« S’il fallait s’en tenir à ce que le commun tient pour artistique aujourd’hui, nous aurions grand peine à accorder au mot « art » une définition tant soit peu précise ; au mieux, nous pourrions faire de ce mot un synonyme pur et simple d’ « expression »… Comment justifier d’une telle dégénérescence linguistique ?

Il y eut un temps où l’homme avait un mot : ars. Une société s’est consolidée autour de ce principe. ARS, cela signifiait « talent, habileté, méthode »… Ainsi la société s’était-elle constituée autour de cela : à chaque homme correspondait un ars, et les hommes dont l’ars correspondait en de nombreux points à l’ars d’autres hommes, formaient un groupe particulier, que l’on nommerait aujourd’hui « métier ». Les historiens ont nommé cette époque le Moyen-Age, nom impropre auquel nous souhaiterions substituer celui d’ artifex tempus, « l’âge des artifex », car elle est cette période où il était encore décent d’attribuer au mot art un sens.

Il est si complexe de faire comprendre à un moderne une telle vérité… Contrairement à ce qu’il pense, l’art n’est pas renfermé ni dans une fonction expressive ni intellectuelle[3], mais dans la maîtrise adéquate de sa destinée propre, par la parfaite compréhension et par la bonne intelligence du talent qui lui appartient.

[…] Comme en chaque chose existante, il y a dans l’Art une fonction et une nature, dépendantes non seulement l’une de l’autre, mais également de l’univers humain en dehors duquel il ne saurait avoir aucun sens.

Il convient d’approfondir le sens de ces deux notions. Par analogie, nous pourrions illustrer le rapport entre nature et fonction en évoquant celui qui, dans l’univers macrocosmique, existe entre manifestation et Possibilité Universelle. Ce qui revient à signaler que les notions de nature et de fonction conviennent à l’univers microcosmique, et plus particulièrement à l’individuel. La fonction rapportée d’un individu devrait nécessairement être soumise à sa nature, lorsque l’on considère cette dernière comme le reflet manifesté de ce que les traditions désignent généralement comme le Soi qui, en raison de son illimitation, soumet le Moi qui n’est qu’un de ses champs d’application enfermé dans l’état individuel. Afin d’illustrer ce rapport, nous pourrions tracer une croix dans laquelle nous considérerions que l’axe horizontal représente la fonction, tandis que l’axe vertical représenterait la nature ; par analogie, nous pourrions faire correspondre ces deux axes au Soi et au moi. Le centre de la croix figurerait dans ce cas la condition individuelle, renfermant en elle-même une fonction particulière, liée à une nature propre :

illustration 2

Au demeurant, il est tout à fait envisageable de concevoir qu’une troisième droite, dissimulée par un effet de perspective, puisse être prise en compte, située sur le plan horizontal et perpendiculaire à l’autre axe visible du plan. Il faudrait alors considérer que cette droite représente la série indéfinie des domaines constituant l’état individuel[4].

Ce qui importe ici, c’est de marquer la jonction entre verticale (Personnalité) et horizontale (Individualité). Le point de coordonnée x figure un individu en particulier, tout comme le point b en figure un autre, dont l’un et l’autre se distinguent par leur essence ou nature respective ; tandis que ce qui distingue le point a du point x, c’est véritablement la différence d’état d’un même être. Le point x est représentatif de l’état manifesté, tandis que le point a figure un état supérieur de l’être dont la caractérisation échappe à l’individu tant qu’il ne s’est pas interrogé sur ses possibilités d’extension « verticale » ou, pour reprendre un terme bien connu, sur sa nature propre[5].

De cette manière, la nature de l’individu dépasse en quelque sorte la stricte considération de son existence, et ne peut donc être découverte par cette seule voie ; cela revient à dire qu’il peut y avoir inadéquation entre l’essence d’un homme et son existence, inadéquation qui se traduit généralement par un sentiment de vide intérieur, d’inutilité de soi-même et de l’Existence dans son ensemble. L’Art représente l’harmonie entre nature et fonction, il est l’image de toutes les Possibilités d’un être se reflétant sur sa condition manifestée. Procédant ainsi de la nature de l’Etre et étant manifesté par la fonction de l’individu, on peut ainsi dire qu’il porte en son sein l’un et l’autre.

Pour résumer, l’Art est par nature le reflet adéquat du Soi et par fonction l’action du moi en harmonie avec sa nature. [6]»

Quand on invoque l’Art, on ne parle donc pas seulement des « beaux-arts » : on parle de cette habileté personnelle dans n’importe quel domaine, nourrie de vocation et où l’individu acquiert par la pratique et l’exercice social une intime connaissance de Soi. Les « beaux-arts » sont au nombre de sept, l’Art est au nombre des hommes. L’ensemble réuni de familles, duquel naît la micropole, se fonde sur une association que l’on pourrait comparer au mythe de l’aveugle et du paralytique.

Dans cette perspective, l’échelle allant du xenos au laos a véritablement qualité de micropole, en ce sens où elle constitue la première conjugaison des principes de génération et du projet politique : le Sang et la Règle. Distinguée de l’ethnos, on la remarque comme étant le seuil général d’organisation des sociétés dites « coutumières » (indiens Hopi, Nenets sibériens, Aborigènes) ; pénétrant l’ethnos, elle perdure en d’autres reflets casuistiques dont nous avons livré quelques exemples précédemment[7].

Troisième marche: l’ethnos ou la macropole

Mais quel est-il, cet ethnos en lequel perdure la micropole et que les gens de ce siècle peinent tant à définir ? Que l’on reprenne notre schéma et qu’on l’envisage comme une carte : au pôle nord, la Personne ; au sud, la Polis. Et convenons que telles les lois physiques d’une planète, selon que l’on se trouve plus près de l’un ou l’autre pôle, les champs d’attraction se trouvent inversés l’un par rapport à l’autre : l’eau tourne au nord à l’inverse de la manière dont elle tourne au sud. De même, l’ethnos est tourné vers la Polis : non dégagé des lois du sang, il concrétise, mieux, il consacre l’élévation de l’Homme orienté vers l’unité sociale maximale. Au sein de l’ethnos, on rassemble un Tout selon des règles indépassables, au sein desquelles la Personne a les moyens de saisir sa complète unité. L’ethnos est une unité démiurgique : elle crée le langage (quand la micropole engendre le dialecte) où la Parole, plus qu’un outil de communication, devient un objet de communion.

Macrocosme social, né du Sang, il fonde les générations hors du Sang ; de l’indéfinité numérale semblable à un amas de chair, il forme un corps où l’idée parcourant les chairs indéfinies de cellules qui le fondent, les individus, disparaissent numériquement chaque seconde au profit d’une identité complète, personnelle, absolue, à mesure que la mégapole tend vers l’accomplissement de la Polis. Tels sont la force, le mouvement civilisationnels ; s’il devait être établi que l’Histoire avait un sens, ce serait celui-ci. Tout le reste n’est que misère, éclatement, mauvaise guerre, mauvaise paix, atomisation, non-sens.

Qu’on ne se méprenne pas : l’ethnos ne dissout pas la Personne, il l’accomplit.

Et c’est en son sein que se joue le drame polybien : le déni des micropoles engendre la tentation de la démocratie absolue (hyper-ethnos), la tentative d’une micropole de régenter les autres, l’oligarchie (hyper-laos), le déni de l’indéfinité numérale comme « chair de l’ethnos » et substance de la Polis, la tyrannie. Pour expliciter la chose, il faut affirmer que la conscience politique est limitée tant qu’elle considère le fait politique en-dehors des règles qui lui sont propres. Ce que nous avons défini en principe au chapitre précédent, impose en prime de considérer le cursus honorum des réalités exposées au présent chapitre pour prétendre à un réalisme effectif ; le principe de génération impose cette nécessité de considérer que l’on naît, que l’on meurt et qu’à y regarder de près, ces choses-là ne concernent pas la direction de l’organisation sociale, sauf dans cette mesure où cette réalité élémentaire détermine l’objet social. On voudrait le tenter – et on l’a tenté, et on le tente –, on ne peut pas exercer un contrôle des naissances ou alors, pour autant qu’on s’éternise à le tenter, on est forcément ridicule ou au moins malhabile.

Pour ceux qui auraient coutume de lire en diagonale, il nous semble nécessaire de signaler que nous ne sautons pas du coq à l’âne : la réalité générique détermine le trouble politique dans son développement social graduel. Il n’y a de politique que ce qui tend à ordonner le genre humain dans son indéfinité numérique : mais croire que l’on peut contrôler l’ordre établi en tentant d’influencer la génération, soit en l’augmentant, soit en la diminuant, n’est en rien politique.

Changement de perpective

De l’échelle, on peut maintenant passer à la schématisation polaire, ayant abordé quelques définitions supplémentaires qui imposent d’approfondir le sujet et de donner au lecteur une matière plus complète, afin de pouvoir avancer de concert avec les mots qu’il parcourt :

illustration 3

Nous n’avons pas changé d’image, mais de perspective ; là où l’échelle envisageait la chose d’un point de vue vertical, nous abordons la même chose vue du dessus. On voit ci-avant ce que nous exposons du point de vue de la Polis ; retournons le symbole du côté de la Personne :

illustration 4

L’Homme naît en Polis et Polis est en l’Homme. Effet de perspective exprimé depuis le début de notre ouvrage, la Polis est une projection de la Personne qui se caractérise par l’unification de l’indéfinité numérique, principe générique de l’Homme. Tout cela ne serait que concept, si l’on devait convenir que la Personne était un synonyme de l’Individu ; or, la conscience indivise qui gagne l’Etre, et que l’on pourrait définir comme l’état d’individualité, peut s’acquérir sans que jamais l’individu constitué n’atteigne sa réalité complète, que l’on nomme la Personne. Il sera sans doute dénoncé la hardiesse mystique ou ésotérique de l’assertion qui va suivre, mais on est bien obligé d’expliciter nos propos en affirmant qu’il y a une initiation de la Personne, que révèle l’image 3[8] où, pour parvenir à Soi-même, on est tenu de voir en hauteur ce qui nous constitue concrètement. Fondé sur cette hauteur, nous devenons Personne. Et, inscrit au frontispice de la porte de ce pèlerinage, le mot République siège en lettres de noblesse. Nous ne parlons pas ici de cet anti régime que nous dénonçons, on s’en doute ; la Res Publica est ce fait, cette conscience intérieure d’un Soi dont l’individualité se fonde génériquement au sein de et par rapport à l’indéfinité numérique. La République est le sujet de relation évoqué précédemment, entre la Personne et la Polis.

Fondés sur tout ce que nous avons écrit jusque à présent, nous sommes en mesure d’établir des degrés de perfection républicaine, au nombre de quatre : républiques protopolitique, micropolitique, macropolitique et république parfaite :

illustration 5

C’est, somme toute, la matriochka sociale qui détermine une politique éclairée à permettre aux conséquences génériques de l’indéfinité numérique d’exister, sans pour autant réduire ou s’accaparer le projet Polis. Les unes dans les autres, les républiques communiquent et s’élèvent mutuellement tant que l’on maintient leur valeur respective au sein d’une république parfaite, car englobant les précédentes d’une manière immuable.

Mais pour que de la théorie, on en vienne à la pratique, il faut d’abord que se manifeste constitutionnellement la nécessité d’un Peuple, d’un Monarque et d’une Élite, ces trois notions devant être établies en des institutions manifestes, coexistantes, et s’affirmant chacune dans le domaine organisateur qui est le sien.

Tel est l’équilibre politique réel, inscrit dans le temps et dans les chairs du genre humain, qu’il convient d’établir pour le bien de tous et que n’envisagent plus les âmes nourries de montesquieuseries.

[1] De grands saints, comme d’affreux larrons ; s’agit-il d’une preuve, nous ne savons trop, mais les questions rassemblées dans le fichier VICAP corroborent l’hypothèse d’un dérèglement initial empathique, où la dissolution de l’ordre familial conduit à une dérégulation sociale extrême et où mimétiquement, on peut réaliser que  la Personne ne résonne en rien d’autre initialement et socialement que dans ce fondement.

[2] « Aristote distingue en fait les conclusions logiques, dialectiques […] puis 3) les conclusions éristiques (l’éristique) où la forme finale est correcte, mais les thèses mêmes, la matière, ne sont pas vraies mais paraissent seulement l’être, et enfin 4) les conclusions sophistiques (la sophistique) où la forme finale est fausse mais paraît exacte. (L’Art d’avoir toujours Raison, Schopenhauer, Ed. Mille et une Nuits, P.8)

[3] Encore que ces deux mots pourraient nous mener à des considérations étymologiques fort longues et fort fastidieuses… Mais nous les évoquons ici intentionnellement dans leur sens commun; et pour le lecteur à qui ces mots ne signifierait plus rien, qu’il se reporte à leur fonction pénultième et étymologique, car plus il s’éloignera de lui-même dans le temps, plus il approchera de la Vérité.

[4] Le schéma serait alors à rapprocher de ce que Guénon a défini comme étant « la représentation géométrique des états de l’être » (Le symbolisme de la Croix, chapitre XII) ; mais ne considérant ici que le rapport particulier de l’individu et de l’Art, il ne semble pas utile de nous situer dans une représentation tridimensionnelle.

[5] Pour un exposé plus approfondi sur les états de l’être, lire Les états multiples de l’Etre de R.Guénon. « Il ne peut en être autrement lorsqu’il s’agit, comme dans les cas que nous envisageons, de certains ordres de possibilités particulières, qui sont manifestement limités par la coexistence d’autres ordres de possibilités, donc en vertu de leur nature propre, qui fait que ce sont là telles possibilités déterminées, et non pas toutes les possibilités sans aucune restriction. » (chapitre I)

[6] La micropole n’est donc point la race. On verra ultérieurement que le laos abouti s’en dégage même complètement.

[7] A noter que si nous avons posé les jalons d’une réflexion sur la chair et le racisme, c’est justement pour signaler que certaines politiques prétendument antiracistes, jouent sur la négation de la chair afin de contrôler ce qu’elle fonde, à savoir le principe de génération.

[8] Complétée par une initiation de la Polis, image 4.


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